Un webcomic est une bande dessinée publiée sur Internet, le plus souvent en épisodes réguliers, avant ou sans passer par le livre imprimé. On le lit sur un ordinateur ou, de plus en plus, sur un téléphone. Il peut prendre la forme de pages classiques, de strips ou de longues bandes à faire défiler verticalement, et ce choix de format change toute la façon de raconter.
Cet article fait partie du rayon Montrer son travail de Case Piment.
Une bande dessinée qui n'attend pas l'éditeur
Le principe du webcomic est simple : l'auteur publie lui-même, directement pour ses lecteurs. Pas d'éditeur pour choisir le projet, pas d'imprimeur, pas de délai de fabrication. Un épisode dessiné le lundi peut être lu le mardi.
Les premiers webcomics apparaissent avec le web grand public, dans les années 1990, surtout aux États-Unis. Ce sont souvent des strips humoristiques publiés chaque jour ou chaque semaine. Dans les années 2000, les blogs BD prennent le relais en France, avec des notes courtes et autobiographiques. Les années 2010 voient arriver les plateformes spécialisées et le format vertical pour téléphone.
Aujourd'hui, le webcomic couvre tous les genres : humour, fantastique, romance, science-fiction, récit intime. Certains comptent quelques dizaines de lecteurs fidèles ; d'autres, des millions. La taille du public ne dit rien de la qualité : beaucoup de séries remarquables restent confidentielles pendant des années avant d'être découvertes, parfois grâce à une seule recommandation bien placée.
Les trois grands formats
La page classique
Certains webcomics publient des pages de bande dessinée comme celles d'un album, une ou deux par mise à jour. C'est le format le plus simple si l'on vise ensuite l'impression : les pages sont déjà prêtes. Sur ordinateur, la lecture est confortable ; sur téléphone, il faut zoomer, ce qui gêne beaucoup de lecteurs.
Le strip
Le strip est une bande horizontale de quelques cases, souvent trois ou quatre, qui raconte une petite histoire ou un gag. Hérité de la presse, il se lit bien en ligne et se partage facilement. C'est le format de nombreux webcomics humoristiques. Il s'adapte mieux aux écrans larges qu'aux téléphones tenus à la verticale.
Le défilement vertical
Le format vertical, popularisé par les webtoons sud-coréens dans les années 2000, a été pensé pour le téléphone. Les cases s'empilent les unes sous les autres, en une longue bande que l'on fait défiler avec le pouce. L'espace entre deux cases devient un outil narratif : un grand vide crée une pause, un suspense, un changement de lieu. Ce format est souvent en couleur et publié en épisodes hebdomadaires.
Il demande de repenser le découpage. Les règles de la page, comme la planche de BD et sa dernière case, ne s'appliquent plus ; c'est le défilement qui crée le rythme. Les cases larges et les cadrages verticaux remplacent les grilles de l'album.
Choisir son format
Le choix dépend de trois questions. Où vos lecteurs vous liront-ils ? S'ils sont surtout sur téléphone, le vertical s'impose presque. Visez-vous une publication imprimée ? La page classique facilite le passage au livre ; le vertical demande un remontage complet. Quel rythme pouvez-vous tenir ? Un strip par semaine est réaliste pour beaucoup ; un épisode vertical de quarante cases chaque semaine demande une organisation de professionnel.
Certains auteurs dessinent dans un format hybride, des cases pensées pour être remontées soit en pages, soit en bande verticale. C'est plus de travail à la conception, mais cela laisse toutes les portes ouvertes.
Dessiner pour l'écran
L'écran impose quelques règles que l'imprimé ignore. La taille du texte, d'abord : sur un téléphone, une bulle lettrée comme dans un album devient illisible. Il faut un corps de lettrage plus grand, des bulles moins chargées, quitte à répartir une réplique sur deux cases.
La couleur, ensuite. Les écrans affichent des couleurs plus vives que le papier, et chaque écran les affiche un peu différemment. Les auteurs travaillent en mode de couleurs adapté à l'écran, et vérifient leurs épisodes sur plusieurs appareils avant de publier. Les fonds très sombres, très lisibles sur un bon écran, deviennent parfois bouchés sur un téléphone d'entrée de gamme.
Le poids des fichiers, enfin. Un épisode vertical de quarante cases peut peser lourd. Une image trop lourde se charge lentement sur une connexion mobile, et le lecteur décroche. Il faut exporter dans un format compressé, à une largeur raisonnable, sans abîmer le trait.
Le rythme de publication
La régularité est la règle d'or du webcomic. Les lecteurs reviennent parce qu'ils savent quand le prochain épisode paraîtra. Un rythme lent mais fixe, un épisode tous les quinze jours, vaut mieux qu'un rythme ambitieux qui s'effondre au bout de deux mois.
Beaucoup d'auteurs se constituent une réserve avant de lancer leur série : dix ou quinze épisodes d'avance. Cette réserve absorbe les semaines difficiles et évite les pauses non annoncées, qui font fuir les lecteurs.
Plateformes et site personnel
On peut publier un webcomic sur une plateforme spécialisée, sur les réseaux sociaux ou sur son propre site. Les plateformes ont l'avantage du public : des lecteurs y cherchent de nouvelles séries. Elles ont des contreparties : règles de format, parfois contrats d'exclusivité ou partage des revenus, et dépendance à leurs choix.
Un site personnel, avec son propre nom de domaine, garde l'œuvre sous le contrôle de l'auteur. Les épisodes y restent accessibles même si une plateforme ferme ou change ses règles. Beaucoup d'auteurs combinent les deux : la plateforme pour être découvert, le site pour l'archive.
Avant de signer quoi que ce soit, il est prudent de lire les clauses sur les droits : un contrat peut accorder à la plateforme des droits d'adaptation ou d'exclusivité qu'on regrettera plus tard.
Financer son travail
Le webcomic est gratuit pour le lecteur dans la plupart des cas. Les auteurs qui en tirent un revenu combinent plusieurs sources : la rémunération de certaines plateformes, les dons ou abonnements de lecteurs, le financement participatif d'un album imprimé, la vente de tirages et d'objets. Le livre imprimé reste souvent l'objectif : un webcomic qui a trouvé son public rassure un éditeur.
Du webcomic au livre
Beaucoup de webcomics finissent par devenir des livres, publiés par un éditeur ou autoédités. Le passage n'est pas une simple impression. Un récit vertical doit être entièrement remonté en pages, ce qui oblige parfois à redessiner des cases ou à en ajouter. Un strip quotidien demande un choix : tout réunir, ou sélectionner les meilleurs.
Le livre change aussi le rapport au lecteur. En ligne, chaque épisode se lit séparément, avec des rappels et des cliffhangers ; dans un livre, les épisodes s'enchaînent et les rappels deviennent des répétitions. Les auteurs profitent souvent de l'édition pour retravailler le rythme, voire réécrire certains passages.
Manhwa, manga, comics : le webcomic dans le monde
Le webcomic est un phénomène mondial. En Corée du Sud, la bande dessinée numérique verticale, cousine du manhwa imprimé, est devenue l'un des premiers formats de lecture. Au Japon, les éditeurs de manga publient aussi en ligne, souvent dans un sens de lecture adapté au téléphone. Aux États-Unis, les comics en ligne existent depuis les débuts du web, souvent en anglais et en strips. Les plateformes traduisent désormais beaucoup de séries, si bien qu'un lecteur français peut suivre une romance ou une série d'action venue de Séoul le jour de sa sortie. L'expérience de lecture, elle, change avec le format : effets sonores dessinés en grand, cases espacées, couleurs vives pour l'écran.
Pour prolonger la lecture
Le webcomic prolonge l'esprit du blog BD, avec des récits plus longs. Pour l'écriture d'une série en épisodes, notre article sur le scénario de BD donne les bases. Et la question de la différence entre récit long en ligne et roman graphique se pose dès que le webcomic devient livre.
Petit quiz de case en case
Webcomic : testez vos repères
Pour quel écran le format vertical a-t-il été pensé ?
- L'ordinateur de bureau
- Le téléphone
- La liseuse
Tout est expliqué dans la partie Le défilement vertical
Le défilement vertical, popularisé par les webtoons, a été pensé pour le téléphone.Quel format facilite le passage à l'album imprimé ?
- La page classique
- Le défilement vertical
- Les stories
Tout est expliqué dans la partie La page classique
Les pages classiques sont déjà prêtes pour l'impression ; le vertical demande un remontage.Que vaut-il mieux pour fidéliser des lecteurs ?
- Un rythme ambitieux, quitte à faire des pauses
- Un rythme lent mais fixe
- Publier quand on a le temps
Tout est expliqué dans la partie Le rythme de publication
Les lecteurs reviennent parce qu'ils savent quand paraîtra le prochain épisode.Pourquoi garder un site personnel en plus d'une plateforme ?
- Pour l'archive et le contrôle de l'œuvre
- Parce que c'est obligatoire
- Pour avoir plus de publicité
Tout est expliqué dans la partie Plateformes et site personnel
Le site garde les épisodes accessibles même si une plateforme ferme ou change ses règles.
Case suivante : Le blog BD, ancêtre du webcomic français
Les questions en bulles
Quelle est la différence entre webcomic et webtoon ?
Webcomic est le terme général pour toute bande dessinée publiée en ligne. Webtoon désigne plus précisément les bandes dessinées à défilement vertical nées en Corée du Sud, lues sur téléphone, souvent en couleur et en épisodes hebdomadaires. Le mot est aussi le nom d'une grande plateforme de lecture.
Peut-on vivre d'un webcomic ?
Certains auteurs y parviennent, grâce à la publicité, aux plateformes qui rémunèrent les séries, aux dons de lecteurs, au financement participatif ou aux albums imprimés qui en sont tirés. Pour la plupart, le webcomic reste une activité à côté d'un autre revenu, au moins au début.
Faut-il publier sur une plateforme ou sur son propre site ?
Les plateformes apportent des lecteurs, mais imposent leurs règles et parfois leurs contrats. Un site personnel garde le contrôle et l'archive, mais il faut faire venir les lecteurs soi-même. Beaucoup d'auteurs combinent les deux, en gardant toujours leurs fichiers originaux.
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