Un fanzine est une revue réalisée par des passionnés, sans éditeur, souvent en petit tirage photocopié et agrafé. Le mot vient de l'anglais, contraction de fan et de magazine. En bande dessinée, le fanzine a servi de premier support à des générations d'auteurs, et il reste la façon la plus directe de passer de quelques pages dessinées à un objet imprimé.
Cet article fait partie du rayon Montrer son travail de Case Piment.
D'où vient le fanzine
Le fanzine naît aux États-Unis dans les années 1930, chez les amateurs de science-fiction. Ces lecteurs de magazines populaires veulent échanger entre eux, commenter les récits, publier leurs propres textes. Ils fabriquent de petites revues, tapées à la machine et reproduites avec les moyens de l'époque, qu'ils s'envoient par la poste. Le mot fanzine se répand au début des années 1940 pour désigner ces publications.
Le modèle essaime. La bande dessinée a ses fanzines, d'abord pour parler des séries que l'on aime, puis pour publier les siennes. Les mouvements musicaux, en particulier le punk à la fin des années 1970, en font un outil d'expression rapide et sans filtre. Les mouvements militants, féministes, écologistes, l'adoptent aussi.
En France, les fanzines de bande dessinée se multiplient à partir des années 1960 et 1970. Certains auteurs devenus célèbres y ont publié leurs premières planches, avant d'entrer dans des revues professionnelles ou de fonder leurs propres maisons d'édition.
Ce qui fait un fanzine
Il n'y a pas de définition officielle, mais quelques traits reviennent.
L'indépendance, d'abord : pas d'éditeur, pas de directeur commercial, pas de comité de lecture. Les auteurs décident de tout, du contenu à la couverture.
La fabrication artisanale, ensuite : photocopie, impression à petit tirage, sérigraphie, risographie pour les plus ambitieux. Le papier, l'agrafage, le pliage font partie de l'objet.
La diffusion directe, enfin : de la main à la main, en festival, dans des librairies amies, par courrier ou en ligne. Le fanzine se donne, s'échange ou se vend à prix modique.
Le contenu, lui, est libre : bandes dessinées, illustrations, textes, entretiens, collages. Un fanzine peut être l'œuvre d'une seule personne ou d'un collectif.
Pourquoi en faire un quand on débute en BD
Le fanzine a plusieurs vertus pour un auteur débutant.
Il oblige à finir. Une histoire de huit pages destinée à un fanzine doit être bouclée, imprimée, assemblée. Cette discipline manque souvent à ceux qui dessinent seuls sans objectif.
Il fait découvrir le livre comme objet. Plier une feuille, imposer les pages, choisir un papier : on comprend concrètement ce qu'est une maquette, ce que coûte une page, pourquoi les livres ont tel ou tel nombre de pages.
Il met en contact avec des lecteurs. Vendre son fanzine sur une table de festival, c'est voir les gens le feuilleter, sourire ou passer leur chemin. C'est la meilleure leçon de narration qui soit.
Il ouvre une communauté. Les fanzineux s'échangent leurs publications, se croisent dans les mêmes salons, collaborent. Beaucoup de collectifs d'auteurs sont nés ainsi, autour d'une table de salon partagée.
Fabriquer un fanzine, pas à pas
La fabrication la plus simple tient sur une table de cuisine.
On commence par choisir le format. Le plus courant est le format A5, obtenu en pliant des feuilles A4 en deux. Huit pages A5 tiennent sur deux feuilles A4 recto verso, pliées et agrafées au milieu. Pour un premier numéro, douze ou seize pages suffisent.
On prépare ensuite la maquette. Comme les feuilles sont pliées, les pages ne se suivent pas dans l'ordre sur la feuille : la page 1 est à côté de la dernière, la page 2 à côté de l'avant-dernière. Le plus simple est de fabriquer d'abord un petit modèle en papier, de numéroter ses pages, puis de le déplier pour voir où va chaque page. C'est ce qu'on appelle l'imposition.
On colle ou on place les planches, réduites au bon format, sur les feuilles maquettes. Puis on fait une photocopie test, recto verso, pour vérifier l'ordre et le sens. Les erreurs de sens sont les plus fréquentes.
On lance le tirage, puis l'on plie les feuilles une par une, on les emboîte, et l'on agrafe au pli. Une agrafeuse à long bras, qui atteint le milieu de la feuille, simplifie beaucoup cette étape. Pour finir, on peut massicoter les bords si les pages intérieures dépassent.
Ce qu'on met dans un premier numéro
Un fanzine de bande dessinée peut contenir une seule histoire, mais beaucoup mélangent les formats, ce qui rend la lecture plus variée et la fabrication moins lourde.
Une couverture, d'abord, qui donne envie de l'ouvrir : un dessin fort, un titre lisible, le numéro et la date. Le titre du fanzine reste le même d'un numéro à l'autre ; c'est sa marque.
Une ou deux histoires, ensuite, le cœur du numéro. Une histoire complète de six à huit pages, ou deux plus courtes. Un strip de quelques cases peut combler une page restée vide.
Une page de texte, souvent : un édito qui explique le projet, un entretien avec un autre auteur, une chronique de lecture. Le fanzine n'est pas obligé de ne contenir que des dessins.
Une page d'invité, parfois. Inviter un autre dessinateur à remplir une ou deux pages crée des liens, et chacun fait circuler le numéro auprès de ses propres lecteurs.
Enfin, une dernière page pratique : les noms des auteurs, un moyen de les contacter, la date et le lieu d'impression. Ces informations paraissent anodines ; ce sont elles qui permettront à un lecteur de retrouver l'auteur des années plus tard.
Penser au noir et blanc
La photocopie aime le contraste. Les gris délicats au crayon disparaissent ou deviennent une bouillie grise ; les noirs francs et les traits nets passent très bien. C'est une raison de plus de passer à l'encre, dont les techniques sont expliquées dans notre article sur l'encre de Chine.
La couleur est possible, en photocopie couleur, en risographie ou en impression numérique, mais elle coûte plus cher. Beaucoup de fanzines jouent avec une seule couleur, ou avec un papier coloré qui change l'ambiance sans surcoût.
Diffuser son fanzine
Une fois imprimé, le fanzine doit trouver ses lecteurs. Les salons et festivals de bande dessinée ont souvent des espaces dédiés à l'autoédition et aux fanzines. Certaines librairies indépendantes acceptent des exemplaires en dépôt. Les bibliothèques spécialisées en conservent parfois.
En ligne, on peut vendre son fanzine par courrier, ou en proposer une version numérique. Mais le fanzine reste un objet de papier : son charme tient en partie au fait qu'on le tient en main, qu'on le prête et qu'on le retrouve des années plus tard au fond d'un carton.
Le fanzine aujourd'hui
Le fanzine n'a pas disparu avec Internet, au contraire. Des collectifs, des petites maisons et des labels d'autoédition publient des collections entières de zines, à quelques centaines d'exemplaires. Les salons qui leur sont consacrés attirent un public curieux d'objets graphiques singuliers. Les réseaux sociaux, Instagram en tête, servent souvent à montrer les nouvelles parutions et à prévenir des ventes, mais l'objet reste imprimé. À propos d'un fanzine, on parle autant du papier, de l'encre et de la reliure que de son contenu.
Pour prolonger la lecture
Le fanzine a un cousin numérique, le blog BD, né quand publier en ligne est devenu aussi simple que photocopier. Et pour remplir les pages, la méthode complète est dans comment faire une BD.
Remettre les cases dans l'ordre
Fabriquer un fanzine, dans l'ordre
Remettez les étapes de fabrication d'un fanzine dans l'ordre décrit dans l'article.
- Placer les planches sur les feuilles maquettes
- Faire une photocopie test recto verso
- Choisir le format, par exemple A5 plié
- Lancer le tirage
- Plier, emboîter et agrafer au pli
- Fabriquer une maquette en papier pour l'ordre des pages
Tout est expliqué dans la partie Fabriquer un fanzine, pas à pas
- Choisir le format, par exemple A5 plié
- Fabriquer une maquette en papier pour l'ordre des pages
- Placer les planches sur les feuilles maquettes
- Faire une photocopie test recto verso
- Lancer le tirage
- Plier, emboîter et agrafer au pli
Case suivante : Le blog BD, cousin numérique du fanzine
Les questions en bulles
Quelle différence entre fanzine et zine ?
Zine est une forme raccourcie de fanzine, très employée aujourd'hui, notamment pour les publications personnelles ou militantes qui ne parlent pas forcément d'une passion de fan. Dans l'usage, les deux mots désignent souvent la même chose : une petite revue autoéditée.
Faut-il un numéro ISSN pour un fanzine ?
Pour une publication périodique diffusée publiquement, l'ISSN et le dépôt légal sont des démarches prévues par la Bibliothèque nationale de France. Beaucoup de fanzines à très petit tirage, distribués entre amis, ne les font pas. En cas de diffusion plus large, mieux vaut se renseigner auprès de la BnF.
Combien d'exemplaires imprimer ?
Assez peu au début : quelques dizaines suffisent souvent pour un premier numéro, distribué en festival, en librairie amie ou par courrier. L'avantage de la photocopie est de pouvoir réimprimer à la demande.
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