Une planche de BD est une page entière de bande dessinée, avec toutes ses cases, ses bulles et ses marges. Le mot désigne aussi la feuille originale sur laquelle l'auteur a dessiné cette page, souvent plus grande que la page imprimée. La façon dont elle est construite décide du rythme de lecture.
Cet article fait partie du rayon Fabriquer une BD. Il vient juste après le découpage dans les étapes de fabrication d'une BD.
Planche originale et page imprimée
Il faut distinguer deux choses que le même mot désigne. La page imprimée est celle que le lecteur tient dans l'album. La planche originale est le dessin réel, fait à la main ou à l'écran, qui servira à la reproduire.
Beaucoup d'auteurs dessinent plus grand que la page imprimée, souvent en A3 ou dans un format voisin. Le dessin, réduit à l'impression, gagne en finesse : les petits tremblements disparaissent, les traits paraissent plus nets. D'autres préfèrent dessiner au format, ou à peine plus grand, pour garder la spontanéité du trait.
Quel que soit le choix, une règle ne se discute pas : la planche originale doit avoir les mêmes proportions que la page finale. Une feuille plus grande, oui ; une feuille d'une autre forme, non. Sinon, à la réduction, il manquera de la place d'un côté ou il en restera trop de l'autre.
Les zones de la feuille
Une planche se prépare avant le premier coup de crayon. On y trace plusieurs zones, qui ne se verront pas toutes à l'impression.
Le bord de coupe, d'abord : c'est la limite de la page une fois le livre massicoté. Autour, on prévoit souvent une petite zone de débord, si un dessin doit aller jusqu'au bord de la page. Vers l'intérieur, la marge de sécurité marque la limite au-delà de laquelle aucun texte important ne doit se trouver, pour ne pas risquer d'être coupé ou avalé par la reliure. Enfin, la zone de dessin, où l'on trace les cases.
Ces mesures dépendent du format d'impression et de l'imprimeur. Un éditeur fournit généralement ses gabarits ; pour un projet personnel, une marge de un à deux centimètres autour des cases suffit à travailler confortablement.
Cases, bandes et gouttières
Les cases, qu'on appelle aussi vignettes, sont les images encadrées de la planche. Elles s'organisent en bandes horizontales, qu'on appelle aussi strips. Une planche franco-belge classique compte souvent trois ou quatre bandes.
Entre les cases, l'espace blanc s'appelle la gouttière. Il paraît anodin, mais c'est là que le lecteur fait le travail essentiel de la bande dessinée : il imagine ce qui s'est passé entre deux images. Une gouttière large marque une pause, un changement de lieu ou de temps ; une gouttière étroite ou absente lie les images de près.
Une grille régulière, avec des cases de même taille, s'appelle un gaufrier. Elle donne une lecture calme, presque métronomique, que certains auteurs utilisent pour tout un livre. D'autres varient sans cesse la taille et la forme des cases pour accompagner l'action.
Le sens de lecture
Dans la bande dessinée européenne et américaine, on lit une planche comme un texte : de gauche à droite, puis de haut en bas, en suivant un trajet en Z. Le manga japonais se lit dans l'autre sens, de droite à gauche.
La mise en page doit rendre ce trajet évident. Si deux cases sont placées de façon ambiguë, l'une au-dessus de l'autre dans une bande, le lecteur hésite. Les bulles aussi suivent ce trajet : la première réplique est en haut à gauche de la case, la réponse plus bas ou plus à droite. Notre article sur les bulles explique comment les placer.
Le nombre de cases règle le rythme
Plus il y a de cases, plus la lecture ralentit, et plus l'action est découpée finement. Une scène de dispute peut s'étaler sur douze petites cases, chaque réplique dans la sienne. Un paysage qui doit impressionner occupe une demi-page, voire une page entière.
Les auteurs jouent avec ces contrastes. Après une série de petites cases serrées, une grande case fait l'effet d'une respiration. Après un grand dessin, une petite case isolée attire l'attention sur un détail. Le choix des cadrages à l'intérieur des cases, gros plan, plan large, plongée, accompagne ce rythme : il est détaillé dans notre article sur les plans en BD.
La dernière case de la page de droite
Dans un livre ouvert, le lecteur voit deux pages à la fois. Il ne découvre la suite qu'en tournant la page de droite. Sa dernière case est donc un endroit stratégique : c'est là qu'on place une question, une surprise, un personnage qui entre, un gag qui tombe.
À l'inverse, une révélation importante gagne à être placée en haut d'une page de gauche, juste après qu'on a tourné. Placée sur une page de droite, le regard risque de l'apercevoir avant d'avoir lu ce qui précède.
Papier, crayon bleu et règle
Pour une planche sur papier, un papier lisse et assez épais supporte mieux l'encre et les gommages. Les cases se tracent à la règle, au crayon, avant d'être repassées. Beaucoup d'auteurs font le crayonné au crayon bleu clair, qui disparaît au scan, puis encrent par-dessus sans avoir à tout gommer.
Ceux qui travaillent à l'écran créent un fichier aux dimensions de la planche finale, avec une résolution suffisante pour l'impression. Les logiciels de bande dessinée proposent des outils de cases et de gouttières qui font gagner beaucoup de temps.
La planche originale, un objet à part
Longtemps, la planche originale n'a été qu'un outil de travail. Une fois photographiée pour l'impression, elle retournait dans un carton, quand elle n'était pas perdue par l'éditeur. Les choses ont changé à partir des années 1970 et 1980, quand des galeries, des musées et des collectionneurs ont commencé à s'y intéresser.
Aujourd'hui, les originaux sont exposés dans des musées, comme celui de la Cité internationale de la bande dessinée et de l'image à Angoulême, et passent en vente aux enchères. Ce qui les rend précieux, ce sont justement les traces du travail : un repentir à la gouache blanche, une bulle collée par-dessus une autre, des indications au crayon dans la marge, un dessin qui déborde de la case.
Pour un auteur débutant, cela invite à soigner ses originaux, même modestes. Un papier de qualité vieillit mieux, une encre pigmentaire résiste à la lumière, et une planche numérotée et datée au dos se range et se retrouve facilement. Ceux qui travaillent entièrement à l'écran n'ont pas d'original physique ; certains impriment ensuite des tirages signés, mais ce n'est pas la même chose.
Les planches dans les collections
Les planches originales intéressent les collectionneurs, qu'il s'agisse de bande dessinée franco-belge ou de comics américains. Leur valeur dépend de l'auteur, de la série, de l'état de la feuille et de la place de la planche dans l'édition : une page célèbre, une couverture, une planche de premier album. Les ventes spécialisées précisent toujours les dimensions de la planche et son état. Pour un auteur, c'est une raison de plus de conserver ses originaux à plat, à l'abri de la lumière et de l'humidité, qu'ils soient en noir et blanc ou en couleur.
Pour prolonger la lecture
Une belle planche commence par un bon découpage. Si vous en êtes à cette étape, notre article sur le storyboard montre comment préparer chaque page en petit avant de la dessiner en grand. Et si l'encrage vous attend, le guide de l'encre de Chine présente les outils et les gestes de base.
Votre liste avant de vous lancer
Votre planche est-elle prête pour l'encre ?
- Planche originale et page imprimée
- Les zones de la feuille
- Cases, bandes et gouttières
- Le sens de lecture
- Le sens de lecture
- Le nombre de cases règle le rythme
- La dernière case de la page de droite
Case suivante : Les plans et cadrages en BD
Les questions en bulles
Quelle est la taille d'une planche de BD ?
Il n'y a pas de taille unique. Beaucoup d'auteurs dessinent leurs planches originales en A3 ou dans un format proche, puis le dessin est réduit pour l'impression. L'important est de garder les proportions du format final : une planche dessinée trop large ou trop haute ne rentrera pas dans la page imprimée sans déformation ni marges inégales.
Combien de cases par planche ?
Il n'existe pas de règle. La tradition franco-belge tourne souvent autour de quatre bandes et huit à douze cases, mais une planche peut contenir une seule image ou une vingtaine de petites cases. Le nombre de cases dépend du rythme voulu : plus de cases ralentissent la lecture et découpent l'action.
Qu'est-ce qu'une planche originale ?
C'est la feuille sur laquelle l'auteur a réellement dessiné et encré la page, avant toute reproduction. Elle porte souvent des traces de travail : crayon, retouches à la gouache blanche, collages de bulles. Les planches originales sont exposées, conservées par des institutions et vendues à des collectionneurs.
Que signifie planche gauche et planche droite ?
Dans un livre ouvert, le lecteur voit deux pages en même temps. La page de droite est celle que l'on tourne : sa dernière case est donc un moment clé pour créer l'attente. La page de gauche, elle, révèle ce qui suit. Les auteurs construisent souvent leurs effets de surprise en tenant compte de cette alternance.
Demander un résumé à un assistant
Le lien ouvre l'assistant avec la demande déjà écrite ; seule l'adresse de la page lui est transmise.



