Pour dessiner à l'encre de Chine, on trempe une plume ou un pinceau dans cette encre noire très couvrante, et l'on repasse le crayonné en traits définitifs. Une fois sèche, l'encre ne bouge plus, ni sous la gomme ni sous l'eau. C'est l'encre classique de l'encrage en bande dessinée, et elle s'apprend en quelques séances.
Cet article fait partie du rayon Dessin et outils. L'encrage est la sixième des étapes de fabrication d'une BD.
Ce qu'est l'encre de Chine
L'encre de Chine est une encre noire fabriquée à partir d'un pigment de carbone, le noir de fumée, obtenu par combustion. Ce pigment est mélangé à un liant qui le fixe sur le papier. Dans la tradition asiatique, l'encre se présentait en bâtons solides, qu'on frottait sur une pierre avec un peu d'eau. On en trouve toujours, notamment pour la calligraphie.
Pour le dessin et la bande dessinée, on utilise le plus souvent l'encre liquide en flacon. Elle a trois qualités qui ont fait son succès. Elle est très opaque : un seul passage donne un noir profond. Elle est indélébile une fois sèche, ce qui permet de gommer le crayon et de poser de la couleur à l'eau par-dessus. Et elle se reproduit très bien à l'impression, parce que le contraste entre le noir et le blanc du papier est franc.
Toutes les encres noires ne se valent pas. Certaines sont plus fluides, d'autres plus épaisses, certaines sèchent mat, d'autres brillant. Il est utile d'en essayer deux ou trois avant de choisir celle qui convient à sa main et à son papier.
Plume ou pinceau
Les deux grands outils de l'encrage n'ont pas le même caractère, et la plupart des dessinateurs utilisent les deux.
La plume métallique se fixe sur un porte-plume. On la trempe dans l'encre, on retire l'excédent sur le bord du flacon, puis on trace. Selon la pression, le trait s'élargit ou s'affine : c'est ce qu'on appelle les pleins et les déliés. La plume donne un trait nerveux, précis, très adapté aux détails, aux hachures et aux petits personnages. Il en existe de nombreuses formes, plus ou moins souples.
Le pinceau, lui, demande plus d'entraînement mais offre une souplesse incomparable. Un pinceau fin à pointe effilée, en poils naturels ou synthétiques, peut passer d'un trait très fin à un trait large en un seul geste. Beaucoup d'auteurs l'utilisent pour les contours des personnages et les grands noirs.
Entre les deux, les feutres pinceaux et les stylos à encre pigmentaire offrent une partie de ces effets sans trempage. Ils sont pratiques pour débuter ou pour dessiner hors de l'atelier.
Le papier
L'encre de Chine aime les papiers lisses et assez épais. Sur un papier trop fin, elle traverse et gondole la feuille. Sur un papier trop granuleux, la plume accroche et le trait devient irrégulier.
Les papiers vendus pour le dessin à l'encre ou pour la bande dessinée sont pensés pour cela : surface lisse, encollage qui empêche l'encre de fuser, épaisseur suffisante pour supporter les gommages. Un papier bristol convient aussi très bien. Il vaut la peine de faire un essai sur une chute avant d'attaquer une planche.
Les gestes de base
L'encrage s'apprend par la répétition. Quelques principes évitent les débuts laborieux.
Tirer le trait vers soi, ou de gauche à droite si l'on est droitier, plutôt que de le pousser. La plume accroche moins et le trait est plus régulier. On tourne la feuille plutôt que de tordre le poignet.
Tracer d'un geste franc, sans repasser. Un trait hésitant, fait de petits coups, se voit tout de suite. Mieux vaut un trait un peu imparfait mais vivant. Pour les longues lignes droites, une règle surélevée, posée sur des pièces ou des cales, évite que l'encre coule sous la règle.
Varier l'épaisseur selon la profondeur. Un usage courant consiste à tracer plus épais les contours des objets proches et ceux qui sont du côté de l'ombre, plus fin ce qui est loin ou éclairé. Le dessin gagne du relief sans aucun gris.
Remplir les grands noirs au pinceau. Un aplat noir posé à la plume prend du temps et laisse des traces de passage. Un pinceau un peu plus gros le remplit en quelques gestes.
Noirs, blancs et hachures
En noir et blanc, il n'y a que deux valeurs : l'encre et le papier. Pour suggérer des gris, des volumes et des matières, on joue sur la quantité de noir.
Les aplats de noir créent les ombres franches, la nuit, les cheveux sombres. Bien placés, ils structurent toute la case et guident l'œil. Les hachures, des traits parallèles plus ou moins serrés, donnent des gris et des volumes. Les hachures croisées assombrissent davantage. On les trace à la plume, d'un geste régulier, en suivant la forme de l'objet. Le pointillé, enfin, donne des matières et des dégradés doux, au prix de beaucoup de patience.
L'équilibre entre noir et blanc est un art à part entière. Certains dessinateurs de la ligne claire évitent presque les ombres et les hachures ; d'autres construisent tout leur style sur des contrastes très marqués.
Corriger une erreur
Une fois sèche, l'encre ne s'efface plus. On corrige donc en couvrant. La gouache blanche, ou une encre blanche couvrante, se pose au pinceau fin sur le trait raté ; une fois sèche, on peut redessiner par-dessus. Pour une erreur plus grande, certains auteurs collent un morceau de papier sur la zone et redessinent la partie entière.
Sur une planche destinée à être scannée, ces corrections ne se voient pas à l'impression. Elles font même partie du charme des originaux, où l'on devine les repentirs de l'auteur.
Entretenir son matériel
L'encre de Chine sèche vite et devient insoluble : c'est sa qualité sur le papier et son défaut dans les outils. Une plume ou un pinceau qui sèche avec de l'encre est vite abîmé.
Pendant le travail, on essuie régulièrement la plume sur un chiffon. À la fin de la séance, on rince la plume et le pinceau à l'eau, on reforme la pointe du pinceau entre les doigts et on le laisse sécher à plat ou pointe en l'air. On referme le flacon soigneusement, car l'encre épaissit à l'air.
Une plume neuve accroche parfois l'encre mal, à cause d'un film de fabrication. Un passage rapide à l'eau savonneuse règle souvent le problème.
Les erreurs fréquentes
Gommer trop tôt : l'encre encore humide s'étale en traînée grise. Il faut attendre, parfois plus longtemps qu'on ne croit sur un aplat épais.
Trop charger la plume : la goutte tombe au mauvais moment. On retire l'excédent sur le bord du flacon à chaque trempage.
Poser la main sur le dessin frais : un papier de brouillon glissé sous la main protège le travail.
Vouloir tout encrer d'un trait identique : le dessin devient plat. La variation d'épaisseur est ce qui donne vie à un encrage.
Un peu d'histoire : du bâton à la bouteille
L'encre de Chine traditionnelle se présente comme un bâton d'encre solide, fait de noir de carbone et de colle animale, qu'on frotte avec un peu d'eau sur une pierre à encre. C'est l'outil de la calligraphie et de la peinture à l'encre d'Asie orientale, que le Japon appelle sumi. Les peintres chinois en tiraient toute une gamme de gris par dilution : c'est le principe du lavis.
Les Anglais parlent d'India ink, l'encre indienne, pour désigner la même famille d'encres. Les versions liquides modernes ajoutent souvent un liant comme la gomme laque, qui rend l'encre indélébile une fois sèche. C'est ce pigment noir, d'une grande intensité, qui en a fait l'encre du dessin technique, puis de l'encrage de bande dessinée. Diluée dans l'eau, elle permet aussi des lavis gris, utiles pour une bande dessinée en noir et blanc nuancé.
Pour prolonger la lecture
L'encre se travaille bien sur des esquisses faites au crayon bleu ou au crayon léger, préparées dans un carnet de croquis. Ceux qui préfèrent l'écran trouveront dans notre article sur la tablette graphique pour débuter l'équivalent numérique de ces gestes, avec ses propres avantages.
Remettre les cases dans l'ordre
La séance d'encrage, dans l'ordre
Remettez les gestes d'une séance d'encrage dans l'ordre donné par l'article.
- Laisser sécher complètement avant de gommer
- Faire des traits d'essai sur une chute du même papier
- Remplir les grands noirs au pinceau
- Encrer les personnages, puis les décors, puis les cases
- Rincer la plume et le pinceau à l'eau
- Agiter le flacon et verser un peu d'encre dans un godet
Tout est expliqué dans la partie Les gestes de base
- Agiter le flacon et verser un peu d'encre dans un godet
- Faire des traits d'essai sur une chute du même papier
- Encrer les personnages, puis les décors, puis les cases
- Remplir les grands noirs au pinceau
- Laisser sécher complètement avant de gommer
- Rincer la plume et le pinceau à l'eau
Case suivante : Préparer ses dessins dans un carnet de croquis
Les questions en bulles
L'encre de Chine vient-elle vraiment de Chine ?
La technique d'encre noire à base de suie est née en Asie orientale, et le nom français en garde la trace. Les encres de Chine vendues aujourd'hui en flacon sont fabriquées par de nombreux fabricants, en Europe comme ailleurs, et contiennent souvent un liant qui les rend résistantes à l'eau une fois sèches.
Peut-on effacer le crayon sous l'encre de Chine ?
Oui, à condition d'attendre que l'encre soit complètement sèche. Gommer trop tôt étale l'encre et grise le dessin. Une gomme douce, type mie de pain, abîme moins le noir qu'une gomme dure.
Plume ou feutre : que choisir pour débuter ?
Les feutres à encre pigmentaire sont plus simples : pas de trempage, pas de taches, un trait régulier. La plume et le pinceau demandent un apprentissage mais offrent des variations d'épaisseur que le feutre ne donne pas. Beaucoup de débutants commencent au feutre et passent ensuite à la plume pour certains traits.
Que faire d'une tache d'encre sur une planche ?
Sur un dessin destiné à être scanné, on peut la masquer à la gouache blanche ou à l'encre blanche, puis redessiner par-dessus une fois sec. À l'écran, après numérisation, la retouche est encore plus simple. Sur un original destiné à être exposé, la correction se verra un peu : c'est la vie de la planche.
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