Pour faire une BD, on passe par huit étapes, presque toujours dans cet ordre : trouver une idée, écrire un scénario, découper l'histoire en pages et en cases, mettre en page, crayonner, encrer, mettre en couleur et lettrer. Le dessin arrive tard, et c'est précisément ce qui surprend les débutants.
Cet article donne la vue d'ensemble. Chaque étape a ensuite son article détaillé dans le rayon Fabriquer une BD de Case Piment.
1. Partir d'une idée qui tient en deux phrases
Une bonne idée de BD n'est pas un univers, c'est une histoire. Avant de dessiner le moindre personnage, essayez de résumer votre récit en deux phrases : qui veut quoi, et qu'est-ce qui l'en empêche. « Une gardienne de phare doit trouver de quoi tenir l'hiver quand le bateau de ravitaillement ne vient pas. » C'est assez pour commencer.
Pour un premier projet, visez court. Une histoire complète de quatre à huit pages est un excellent exercice : elle oblige à finir, et finir apprend plus que commencer dix fois. Les grands récits en plusieurs tomes viendront après.
2. Écrire le scénario
Le scénario raconte l'histoire scène par scène, avec les dialogues. Il n'a pas besoin d'être beau ; il doit être clair. Certains auteurs écrivent un texte proche d'un scénario de cinéma, d'autres une suite de notes et de dialogues. L'essentiel est de savoir, avant de dessiner, ce qui se passe à chaque moment.
C'est l'étape où l'on coupe le plus. Une scène qui n'apporte rien au récit coûtera des heures de dessin : mieux vaut la supprimer sur le papier. Notre article sur le scénario de BD détaille les formes possibles et les erreurs de débutant.
3. Découper l'histoire en pages et en cases
Le découpage transforme le scénario en bande dessinée. Il répond à trois questions pour chaque page : combien de cases, que montre chacune, et où tombe la dernière image, celle qui donne envie de tourner la page.
On le fait souvent sous forme de petites vignettes griffonnées, le storyboard, où les personnages sont de simples silhouettes. C'est là que se règle le rythme : une action rapide se découpe en plusieurs petites cases, un moment important prend une grande case. Le détail est dans notre article sur le storyboard.
4. Mettre en page la planche
La mise en page fixe la place exacte des cases sur la feuille, leurs bords, les marges et les espaces entre elles, qu'on appelle gouttières. On y réserve aussi la place des bulles : un dialogue long a besoin d'espace, et un dessin trop chargé à l'endroit de la bulle sera caché.
Les règles de base de la page, format, marges, sens de lecture, sont expliquées dans notre article sur la planche de BD.
5. Crayonner
Le crayonné est le dessin préparatoire, au crayon. On y place les personnages, les décors, les expressions, les ombres principales. Beaucoup d'auteurs crayonnent avec un crayon bleu clair, qui disparaît au scan ou à la photocopie, puis précisent au graphite.
Un crayonné n'a pas besoin d'être propre, mais il doit être juste : proportions, perspective, cadrage. C'est à ce stade qu'on corrige, parce qu'après l'encre, une erreur se rattrape mal.
6. Encrer
L'encrage repasse le crayonné en traits définitifs, à la plume, au pinceau, au feutre ou à l'écran. Il donne au dessin son caractère : un trait fin et régulier, un trait épais et vibrant, des noirs francs ou des hachures. Une fois l'encre sèche, on efface le crayon.
Le matériel et les gestes de base sont présentés dans notre article sur l'encre de Chine.
7. Mettre en couleur, ou pas
La couleur n'est pas obligatoire. De très nombreux romans graphiques sont en noir et blanc, parfois avec une seule teinte d'accompagnement. Si vous choisissez la couleur, elle peut se poser à la main (aquarelle, encres de couleur, crayons) ou à l'ordinateur, sur un scan de la planche encrée.
La couleur sert la lecture avant de faire joli : distinguer le jour de la nuit, un souvenir du présent, attirer l'œil sur un détail. Une palette réduite est souvent plus efficace qu'un arc-en-ciel.
8. Lettrer
Le lettrage est l'écriture des textes : bulles, récitatifs, onomatopées. Il peut être fait à la main, avec une écriture régulière en capitales, ou avec une police de caractères à l'ordinateur. Dans les deux cas, il doit être lisible et cohérent du début à la fin.
On sous-estime souvent cette étape. Une bulle mal placée oblige le lecteur à chercher l'ordre de lecture, et une onomatopée maladroite gâche une belle case. Nos articles sur les bulles et les onomatopées entrent dans le détail.
Papier ou écran : le choix du support
La question arrive vite, et elle n'a pas de bonne réponse unique. Le papier coûte presque rien pour commencer : quelques feuilles, un crayon, un feutre. Il oblige à décider, parce qu'on ne peut pas annuler un trait d'encre. Beaucoup d'auteurs y tiennent pour cette raison, et pour la planche originale, qui existe physiquement.
L'écran, avec une tablette graphique et un logiciel de dessin, facilite tout ce qui se corrige : déplacer une case, agrandir un personnage, refaire une bulle, essayer trois couleurs. Il demande un investissement de départ et un temps d'adaptation, car dessiner sur une surface qui ne montre pas le trait sous la main déroute au début. Notre article sur la tablette graphique pour débuter aide à choisir.
Entre les deux, les solutions mixtes sont courantes : crayonné et encrage sur papier, scan, puis couleur et lettrage à l'écran. Pour un premier projet, le plus simple est souvent le meilleur choix : celui que vous avez déjà sous la main.
Les erreurs qui font abandonner
La plupart des premières BD s'arrêtent avant la fin. Les raisons se ressemblent beaucoup d'un débutant à l'autre.
Commencer par dessiner. On se lance dans la première page sans savoir comment l'histoire finit. Au bout de trois pages, le récit cale. Le scénario, même sommaire, évite ce piège.
Viser trop grand. Un premier projet de deux cents pages a très peu de chances d'aboutir. Une histoire courte terminée vaut mieux.
Vouloir que chaque case soit parfaite. On passe une journée sur la première case et l'on se décourage. Une page entière moyennement réussie apprend davantage qu'une case magnifique.
Négliger la lisibilité. Des décors magnifiques mais des personnages qu'on ne reconnaît pas d'une case à l'autre, et le lecteur décroche. Un personnage bien construit, avec des signes distinctifs, règle une bonne partie du problème : voyez notre guide pour créer un personnage de BD.
Les livres qui expliquent la bande dessinée
Pour aller plus loin dans la compréhension des étapes de création, plusieurs auteurs ont écrit sur leur art. Le plus cité est l'Américain Scott McCloud, dont le livre L'Art invisible explique en bande dessinée comment fonctionne la bande dessinée : les cases, les gouttières, le temps, le rapport entre le texte et le dessin. Le lire avant de faire son scénario donne une idée claire des éléments que l'on manipule. D'autres livres, écrits par des auteurs de studio ou des enseignants d'écoles de bande dessinée, abordent le design des personnages, la mise en page ou le travail du décor.
Et après la première BD ?
Une fois la première histoire finie, montrez-la. À des amis, en ligne, dans un fanzine photocopié. Les retours d'un lecteur qui ne vous connaît pas sont précieux : il bute exactement là où le récit n'est pas clair. Les façons de publier sans éditeur sont présentées dans le rayon Montrer son travail, du blog BD au fanzine.
Puis recommencez, un peu plus long, un peu plus ambitieux. C'est la seule méthode qui marche à tous les coups.
Remettre les cases dans l'ordre
Les étapes d'une BD, dans l'ordre
Sept étapes de fabrication ont été mélangées. Remettez-les dans l'ordre décrit dans l'article.
- Mettre en page la planche
- Écrire le scénario
- Encrer
- Lettrer
- Crayonner
- Découper en pages et en cases
- Trouver une idée qui tient en deux phrases
Tout est expliqué dans la partie 1. Partir d'une idée qui tient en deux phrases
- Trouver une idée qui tient en deux phrases
- Écrire le scénario
- Découper en pages et en cases
- Mettre en page la planche
- Crayonner
- Encrer
- Lettrer
Case suivante : Écrire le scénario d'une BD
Les questions en bulles
Peut-on faire une BD sans savoir bien dessiner ?
Oui. Beaucoup de bandes dessinées reposent sur un dessin simple, parfois très schématique, et sur une narration claire. Ce qui fait une bonne BD, c'est d'abord la lisibilité : on comprend qui parle, où l'on est, ce qui se passe d'une case à l'autre. Le dessin progresse ensuite avec la pratique.
Combien de temps faut-il pour faire une page de BD ?
Cela dépend énormément du style, du nombre de cases et de l'expérience. Une page simple peut se faire en quelques heures ; une page très détaillée, en couleur, demande souvent plusieurs jours à un professionnel. Pour un débutant, mieux vaut ne pas se fixer de cadence au départ et noter le temps passé pour apprendre à prévoir.
Faut-il commencer sur papier ou sur ordinateur ?
Les deux fonctionnent. Le papier ne demande presque aucun investissement et oblige à décider. Le numérique facilite les corrections et la couleur, mais demande une tablette et un logiciel. Beaucoup d'auteurs mélangent : crayonné sur papier, encrage ou couleur à l'écran.
Quel format de papier choisir pour une première BD ?
Une feuille A4 suffit pour s'entraîner. Beaucoup d'auteurs dessinent plus grand que le format imprimé, souvent en A3, pour gagner en précision ; le dessin est réduit à l'impression. Le choix dépend aussi de la publication visée : un webcomic n'a pas les mêmes contraintes qu'un album.
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