Un roman graphique est une bande dessinée longue qui raconte une histoire complète, le plus souvent en un seul volume, et qui vise d'abord des lecteurs adultes. Le mot dit une ambition de récit et un format ; il ne désigne ni un genre, ni une technique de dessin particulière.
Cette page fait partie de notre rayon Roman graphique, qui suit les grandes familles de récits rangés sous cette étiquette.
Une définition qui tient en trois critères
Quand un éditeur, un libraire ou un bibliothécaire parle de roman graphique, il pense en général à trois choses à la fois.
La longueur, d'abord. L'album franco-belge classique a longtemps tenu en 46 ou 62 pages, une contrainte héritée de l'imprimerie. Le roman graphique s'en affranchit : cent, deux cents, parfois plus de trois cents pages. L'auteur ne découpe plus son histoire pour la faire tenir dans un cadre fixe, il prend la place dont le récit a besoin.
Le récit complet, ensuite. Là où une série d'aventures promet un tome suivant, le roman graphique se lit comme un roman en prose : un début, un développement, une fin. Il existe des romans graphiques en deux ou trois volumes, mais l'histoire y reste une seule histoire.
Le lectorat, enfin. Sans être interdits aux adolescents, la plupart de ces livres sont pensés pour des adultes, par leurs sujets autant que par leur rythme. On y parle de deuil, d'exil, de maladie, de politique, d'enfance revisitée. La lecture demande du temps, et le livre le sait.
D'où vient le mot
« Roman graphique » traduit l'anglais graphic novel. L'expression existait déjà dans les années 1960 chez quelques critiques américains, mais elle s'est vraiment répandue après 1978, quand Will Eisner, auteur du Spirit, publie Un pacte avec Dieu (A Contract with God). Il cherche alors à faire entrer la bande dessinée dans les librairies générales, et le mot sert d'argument : ce n'est plus un fascicule pour enfants, c'est un livre.
En France, le terme s'installe plus tard, au tournant des années 2000. Les maisons d'édition indépendantes nées dans les années 1990, comme L'Association, publient des récits en noir et blanc, souvent autobiographiques, dans des formats proches du livre de poche ou du roman. Le succès de Persepolis de Marjane Satrapi, paru en quatre volumes entre 2000 et 2003, fait connaître ce type de livre bien au-delà des lecteurs habituels de BD. Les grandes maisons créent ensuite leurs propres collections, et le mot passe dans le vocabulaire courant des librairies.
Ce que le mot ne dit pas
Le roman graphique n'est pas un genre au sens où le polar ou la science-fiction en sont. On trouve sous cette étiquette des mémoires, des enquêtes journalistiques, des fictions intimistes, des récits historiques, des adaptations de classiques. Le dessin peut être en noir et blanc ou en couleur, réaliste ou très stylisé.
Le mot ne garantit pas non plus la qualité. Il a parfois servi d'argument commercial pour présenter comme « adulte » ce qui était simplement épais. Et à l'inverse, des albums de 48 pages ont une densité et une exigence que bien des pavés n'atteignent pas.
Certains auteurs se méfient d'ailleurs de l'étiquette, qu'ils jugent un peu snob : comme si la bande dessinée avait besoin d'emprunter le prestige du roman pour être prise au sérieux. Le débat n'est pas tranché, et il n'a pas besoin de l'être pour lire.
Comment reconnaître un roman graphique en librairie
Quelques indices reviennent souvent, sans qu'aucun soit obligatoire.
- Un format différent de l'album cartonné grand format : broché, plus petit, parfois à rabats, proche d'un livre de littérature.
- Une pagination annoncée en quatrième de couverture, nettement au-dessus de la soixantaine de pages.
- L'absence de numéro de tome, ou un nombre de volumes annoncé dès le départ.
- Un rangement dans un rayon à part, souvent appelé « roman graphique », « BD adulte » ou « récits ».
Quelques titres que l'on cite souvent
Il serait vain de dresser un palmarès, mais certains livres reviennent dans presque toutes les présentations du roman graphique, parce qu'ils ont montré ce que le format permettait.
Maus, d'Art Spiegelman, raconte la Shoah à travers le témoignage du père de l'auteur, en représentant les Juifs en souris et les nazis en chats. Le livre a reçu en 1992 un prix Pulitzer spécial, une première pour une bande dessinée.
Persepolis, de Marjane Satrapi, suit l'enfance et l'adolescence de l'autrice en Iran, puis son exil en Europe. Le dessin en noir et blanc, très graphique, a été repris dans le film d'animation qu'elle a coréalisé.
Les albums de Guy Delisle, comme Pyongyang ou Chroniques de Jérusalem, ont popularisé un journal de voyage dessiné, attentif aux petits détails de la vie quotidienne dans des pays fermés ou divisés. Cette veine du récit vécu a sa propre page sur Case Piment : la BD autobiographique.
Ces trois exemples ont un point commun : ils racontent le réel. Le roman graphique de fiction existe tout autant, mais c'est souvent par le récit vrai que les lecteurs de prose entrent dans le format.
Roman graphique, BD, comics : où passe la frontière ?
La frontière est floue, et elle bouge. Une série franco-belge peut publier une intégrale de trois cents pages ; un roman graphique peut se poursuivre dans un deuxième livre. La différence tient moins à l'objet qu'à l'intention du récit et à la façon dont l'éditeur le présente.
Pour une comparaison point par point, avec les formats, les publics et les cas limites, voyez notre article sur la différence entre BD et roman graphique.
Pourquoi le format a séduit des lecteurs qui ne lisaient pas de BD
Une partie du succès tient à l'objet lui-même. Un livre broché, de la taille d'un roman, se range sur la même étagère que la littérature, se glisse dans un sac et s'offre sans qu'on ait l'impression d'offrir « une BD ». Pour un lecteur qui a cessé d'en lire à douze ans, la porte est plus facile à pousser.
Le rythme compte aussi. Libéré du nombre de pages fixe, l'auteur peut consacrer une double page à un paysage muet, ou étirer une conversation sur dix planches. La lecture ressemble alors à celle d'un roman : on s'installe, on accepte les temps morts, on revient en arrière.
Enfin, les sujets ont changé. Quand la bande dessinée raconte la maladie d'un parent, une enquête de terrain ou une enfance sous une dictature, elle touche des lecteurs qui cherchaient ces récits ailleurs, dans les essais ou les mémoires. Les bibliothèques l'ont bien compris : beaucoup ont ouvert un rayon dédié, distinct de celui de la BD jeunesse.
Le roman graphique et les prix
La reconnaissance passe aussi par les récompenses. Au festival d'Angoulême, le Fauve d'or, prix du meilleur album, a souvent été attribué à des romans graphiques. Les prix littéraires généralistes ont, eux aussi, commencé à ouvrir des catégories à la bande dessinée. Pour beaucoup d'auteurs, publier un premier roman graphique est devenu une voie d'entrée aussi naturelle qu'un premier album de série, quel que soit leur âge.
Pour prolonger la lecture
Le roman graphique a ouvert la bande dessinée à des récits qui n'y trouvaient pas leur place : le reportage, la mémoire familiale, l'histoire vue d'en bas. Ceux qui veulent passer de la lecture à la pratique trouveront dans notre guide comment faire une BD les étapes de fabrication d'un récit, qu'il fasse dix pages ou deux cents.
Ceux qui veulent seulement lire peuvent commencer par une visite dans une bibliothèque municipale : la plupart ont aujourd'hui un fonds de romans graphiques, et emprunter un pavé de trois cents pages ne coûte rien.
Petit quiz de case en case
Roman graphique : avez-vous retenu l'essentiel ?
De quel mot anglais « roman graphique » est-il la traduction ?
- Comic book
- Graphic novel
- Picture book
Tout est expliqué dans la partie D'où vient le mot
Le terme traduit graphic novel, une expression qui s'est répandue après 1978.Quel livre de Will Eisner, paru en 1978, a popularisé le terme ?
- Un pacte avec Dieu
- Maus
- Le Spirit
Tout est expliqué dans la partie D'où vient le mot
Will Eisner, auteur du Spirit, publie Un pacte avec Dieu en 1978.Le roman graphique est-il un genre, comme le polar ?
- Oui, c'est le genre du récit intime
- Non, c'est un format et une ambition de récit, tous genres confondus
Tout est expliqué dans la partie Ce que le mot ne dit pas
On y trouve des mémoires, des fictions, de l'histoire ou du reportage : ce n'est pas un genre.Quel roman graphique a reçu en 1992 un prix Pulitzer spécial ?
- Persepolis
- Pyongyang
- Maus
Tout est expliqué dans la partie Quelques titres que l'on cite souvent
Maus, d'Art Spiegelman, a reçu en 1992 un prix Pulitzer spécial.
Case suivante : BD ou roman graphique : la comparaison point par point
Les questions en bulles
Un roman graphique est-il un livre ou une BD ?
C'est une bande dessinée : l'histoire est racontée par une suite d'images, avec du texte dans des bulles ou des cartouches. Le mot roman indique surtout l'ambition du récit et sa longueur, pas qu'il s'agisse d'un roman illustré.
Un manga peut-il être un roman graphique ?
Le mot vient de la tradition américaine et européenne, et on l'applique rarement aux séries japonaises publiées en nombreux volumes. Certains récits japonais complets et adultes sont pourtant rangés sous cette étiquette par leurs éditeurs français.
À partir de combien de pages parle-t-on de roman graphique ?
Il n'existe aucun seuil officiel. L'usage vise des livres nettement plus épais que l'album franco-belge classique, mais un récit de quatre-vingts pages peut être présenté comme roman graphique et un pavé de trois cents pages ne pas l'être.
Par quel roman graphique commencer ?
Tout dépend de ce que vous aimez lire en prose. Un amateur de mémoires peut ouvrir Persepolis, un lecteur d'histoire Maus, un amateur de récits de voyage un album de Guy Delisle. Le plus simple reste de partir d'un sujet qui vous intéresse déjà.
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