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Culture BD

La dédicace BD : comment ça se passe, et comment bien la demander

Un auteur, une table, une file d'attente, et un dessin à la main sur la page de garde d'un album : la dédicace est l'un des rituels les plus singuliers de la bande dessinée. Elle a ses usages, ses règles tacites et, depuis quelques années, ses débats.

Publié le 6 min de lecture

Table de dédicace dans un salon de bande dessinée : feutres, album ouvert sur une page de garde blanche, file de lecteurs floue en arrière-plan

Une dédicace de bande dessinée, c'est la rencontre entre un lecteur et un auteur autour d'un album : l'auteur y écrit un mot et, très souvent, y fait un dessin original à la main, sur la page de garde. Elle se pratique en festival et en librairie. C'est un rituel propre à la BD francophone par son ampleur, avec ses files d'attente, ses règles tacites et ses débats.

Cet article fait partie du rayon Culture BD de Case Piment.

Un dessin, pas seulement une signature

Dans la plupart des domaines du livre, la dédicace se limite à quelques mots et une signature. En bande dessinée, l'usage veut que l'auteur dessine. Un personnage de l'album, en buste ou en pied, parfois en couleur, parfois en quelques traits rapides. Le lecteur repart avec un dessin original, unique, qui donne à l'exemplaire une valeur particulière.

Ce dessin prend du temps : quelques minutes au minimum, parfois bien plus. C'est ce qui explique la longueur des files d'attente, et l'organisation parfois complexe des grands festivals.

Certains auteurs se contentent d'une signature et d'un petit mot, surtout quand la file est très longue. D'autres, scénaristes, n'ont rien à dessiner et proposent une dédicace écrite, souvent à côté du dessin de leur partenaire.

En festival

Les festivals de bande dessinée sont les grands lieux de la dédicace. Les auteurs y sont installés sur les stands de leurs éditeurs ou de libraires, à des horaires annoncés. Les lecteurs font la queue, parfois longtemps.

Pour les auteurs les plus demandés, les organisateurs ont mis en place des systèmes : tickets distribués à l'ouverture, tirage au sort, nombre de places limité par séance. Ces règles sont annoncées sur le site du festival ou sur place, et elles changent d'un événement à l'autre. Mieux vaut se renseigner avant.

Les grands festivals attirent des foules considérables, et certaines files se forment avant même l'ouverture des portes. Les festivals offrent aussi l'occasion de découvrir des auteurs moins connus, souvent ravis de discuter, avec des files courtes ou inexistantes. C'est parfois là que se font les meilleures rencontres.

En librairie

Les librairies spécialisées, et de plus en plus les librairies généralistes, organisent des séances de dédicace à la sortie d'un album. L'ambiance est plus calme qu'en festival, et l'on a souvent le temps d'échanger quelques mots avec l'auteur.

La règle la plus courante : la dédicace accompagne l'achat de l'album dans la librairie. Certaines demandent de réserver une place à l'avance. C'est une façon de soutenir à la fois l'auteur et le libraire qui l'invite, et qui a souvent défendu le livre bien avant la séance.

Les règles tacites

La dédicace repose sur un savoir-vivre que les habitués connaissent et que les nouveaux venus gagnent à apprendre.

Un album par personne, en général. Arriver avec une pile de dix livres à faire dédicacer, alors que la file attend, est mal vu. Certains auteurs l'interdisent clairement ; d'autres acceptent un deuxième livre si la file est courte.

Ne pas imposer de commande. On peut exprimer un souhait, « un dessin de tel personnage si possible », mais l'auteur choisit. Exiger un dessin compliqué, en couleur, avec un décor, n'est pas dans l'esprit du rituel.

Respecter le temps de l'auteur. Il a souvent des centaines de personnes à voir dans la journée. Une conversation de quelques minutes est un plaisir ; une demi-heure de monologue pendant que la file s'impatiente l'est beaucoup moins.

Ne pas revendre aussitôt. Les dédicaces faites gratuitement ne sont pas destinées à être mises en vente en ligne le soir même. Cette pratique, qui existe, a poussé certains auteurs à limiter ou à cesser les dessins en dédicace.

Le côté de l'auteur

Vue de l'autre côté de la table, la dédicace est un exercice particulier. L'auteur dessine vite, sans crayonné ou presque, sur un papier qu'il n'a pas choisi, pendant que quelqu'un le regarde et lui parle. Beaucoup ont mis au point un petit répertoire de dessins qu'ils savent faire en quelques minutes : un personnage en buste, de trois quarts, avec une expression qui change selon la personne.

Le matériel est réduit : quelques feutres à encre pigmentaire de tailles différentes, parfois un feutre pinceau, quelques crayons de couleur ou des feutres à alcool pour une touche de couleur. Certains glissent une feuille de papier sous la page pour que l'encre ne traverse pas, ou laissent l'album ouvert quelques instants pour que le dessin sèche.

Les auteurs débutants découvrent aussi la fatigue de ces journées : des heures assis, à dessiner sans interruption, en restant aimables. Ceux qui ont tenu un blog BD ou vendu leurs fanzines en salon y sont mieux préparés.

La page de garde et l'exemplaire

La dédicace se fait presque toujours sur la page de garde, la première page blanche de l'album, ou sur la page de titre. Certains albums prévoient une page entièrement blanche à cet effet ; d'autres ont des pages de garde décorées, et l'auteur s'adapte.

Pour les collectionneurs, l'état de l'exemplaire compte : un album neuf, sans pli ni tache, met mieux en valeur le dessin. Quant à la question de la valeur d'un album dédicacé, elle dépend de l'auteur, du dessin et de l'état du livre ; pour le lecteur ordinaire, la vraie valeur reste le souvenir de la rencontre.

Le débat sur la rémunération

Depuis plusieurs années, la profession débat de la dédicace. Les auteurs passent des journées entières en festival, souvent sans être payés pour ce temps : ils sont invités, logés, nourris, mais le dessin offert à chaque lecteur n'est pas rémunéré. Une partie d'entre eux estime que ce travail mérite une rétribution, au même titre qu'une intervention ou une rencontre.

Des organisations d'auteurs ont porté ces revendications, et certains festivals ont commencé à rémunérer les séances de dédicace. Le débat est loin d'être clos, et les pratiques varient beaucoup d'un événement à l'autre. Pour le lecteur, il éclaire simplement une chose : la dédicace est un cadeau, pas un dû.

Pourquoi le rituel compte

Malgré ses contraintes, la dédicace reste l'un des moments les plus appréciés du monde de la bande dessinée. Pour le lecteur, c'est l'occasion de remercier un auteur, de comprendre comment il travaille, d'obtenir un dessin unique. Pour l'auteur, c'est le seul moment où il voit ses lecteurs en chair et en os, entend ce qu'ils ont aimé et découvre qui ils sont.

Les blogs BD des années 2000 avaient renouvelé le rituel : des festivals entiers réunissaient des auteurs découverts en ligne et leurs lecteurs, comme le raconte notre article sur le blog BD.

Éditions spéciales et tirages signés

À côté de la dédicace dessinée, certaines maisons d'édition proposent en festival des éditions spéciales : tirages limités, numérotés, que l'auteur signe à l'avance. C'est un autre objet, pensé pour les collectionneurs, qui ne remplace pas la rencontre. Les auteurs et autrices y exposent parfois aussi quelques planches originales, ce qui permet de voir le travail à sa taille réelle, avec ses traces de crayon et ses retouches.

Pour prolonger la lecture

La dédicace est un bon point d'entrée dans la culture de la bande dessinée, avec ses mots et son histoire. Notre vocabulaire de la BD réunit les termes à connaître, et l'article sur le neuvième art raconte comment la BD a conquis sa place parmi les arts.

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Les questions en bulles

Faut-il acheter l'album sur place pour avoir une dédicace ?

Les règles varient selon l'événement et l'auteur. En librairie, la dédicace accompagne généralement l'achat dans la boutique. En festival, beaucoup d'auteurs dédicacent les albums achetés sur le stand de leur éditeur ou d'un libraire partenaire, et certains acceptent les livres apportés. L'affichage sur place ou le programme de l'événement le précise souvent.

Une dédicace BD est-elle payante ?

En France, elle est en général gratuite pour le lecteur, qui achète seulement le livre. La question de la rémunération des auteurs pour le temps passé en dédicace fait en revanche débat depuis plusieurs années dans la profession.

Peut-on demander un dessin précis ?

On peut exprimer un souhait, poliment, mais l'auteur reste libre de dessiner ce qu'il veut. Beaucoup dessinent un personnage de l'album, en buste ou en entier, selon le temps dont ils disposent et la longueur de la file.

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