Une onomatopée est un mot qui imite un bruit, et en BD elle se dessine directement dans l'image : boum pour une explosion, crac pour une branche qui casse, plouf pour un plongeon. Elle ne se met pas dans une bulle. Sa forme, sa taille et sa couleur disent la force du bruit autant que ses lettres.
Cet article appartient au rayon Fabriquer une BD. Il prolonge notre article sur les bulles, qui traite des paroles.
Faire entendre une image muette
La bande dessinée n'a pas de son. Pour faire entendre une porte qui claque ou un verre qui se brise, elle a deux moyens : montrer l'effet, les éclats de verre, le personnage qui sursaute, ou écrire le bruit. Les deux se combinent souvent.
L'onomatopée écrite a un avantage : elle agit vite. Le lecteur la perçoit avant même de lire les bulles, comme on entend un bruit avant de comprendre une phrase. C'est pour cela qu'elle est si présente dans les scènes d'action, où le rythme compte plus que les dialogues.
Une langue venue en partie d'Amérique
Les onomatopées ne sont pas propres à la bande dessinée : les langues en ont toujours eu, et chacune entend les bruits à sa façon. Un chien fait ouaf en français, woof en anglais. Mais la bande dessinée a fixé un répertoire particulier, largement influencé par les comics américains.
Bang, crash, splash, zip, smack : ces mots courts, faciles à dessiner en grandes lettres, ont traversé l'Atlantique avec les comics et sont restés dans la BD française, au point qu'un lecteur francophone les comprend sans y penser. Certains auteurs les gardent par goût, d'autres les remplacent par des équivalents français : paf, vlan, pan, plouf, badaboum.
Le manga japonais a un répertoire encore plus vaste, avec des onomatopées pour des bruits mais aussi pour des états : un silence pesant, un regard insistant, une lumière qui brille. Les éditions françaises de manga ont souvent dû choisir entre laisser ces signes dans leur alphabet d'origine, avec une traduction discrète, ou les redessiner.
Dessiner le bruit
Une onomatopée réussie fait partie du dessin. On ne la pose pas par-dessus comme une étiquette ; on la construit avec la case.
La taille dit la puissance. Une explosion occupe la moitié de la case, un petit clic tient en quelques millimètres. Entre les deux, toutes les nuances sont possibles.
La forme des lettres dit la nature du bruit. Des lettres hérissées et éclatées pour une détonation, molles et coulantes pour un bruit d'eau, tremblées pour une vibration, étirées pour un son qui dure. L'épaisseur du trait joue aussi : un contour épais alourdit, un trait fin rend le son léger.
La direction suit le mouvement. Une onomatopée peut partir de la source du bruit, s'élargir, suivre la trajectoire d'un objet. Placée sur la diagonale d'un coup de poing, elle accompagne le geste.
La couleur, enfin, renforce l'effet : rouge et jaune pour la violence, bleu pour l'eau, gris pour un bruit sourd. En noir et blanc, le contraste entre lettres pleines et lettres évidées fait le même travail.
Placer l'onomatopée dans la case
L'onomatopée peut chevaucher le dessin, déborder sur la gouttière, sortir du cadre. C'est même l'un des rares éléments qui s'autorisent à casser les bords de la case, ce qui accentue l'effet de surprise.
Il faut pourtant veiller à ce qu'elle ne cache pas l'action. Une onomatopée énorme placée sur le visage du personnage qui reçoit le coup empêche de voir sa réaction. Mieux vaut la placer près de la source du bruit, ou dans une zone vide de la case.
Elle doit aussi rester lisible. Des lettres trop déformées, trop superposées, finissent par devenir un simple motif décoratif que le lecteur ne lit plus.
Écrire ses propres onomatopées
Rien n'oblige à reprendre le répertoire établi. Beaucoup d'auteurs inventent des bruits qui leur ressemblent, en partant d'une question simple : si l'on devait prononcer ce bruit, comment l'écrirait-on ? Une cafetière italienne qui monte, un chat qui saute sur une table, un vieux parquet qui grince : chacun a son son.
L'exercice demande d'écouter. Prononcer le bruit à voix haute, l'écrire de plusieurs façons, garder la plus évidente. Les consonnes dures, k, t, p, donnent des sons secs ; les voyelles longues et les r donnent des sons qui durent.
Un dernier conseil : ne pas en mettre partout. Une page saturée d'onomatopées devient bruyante au sens propre, et plus rien ne ressort. Les auteurs qui les manient le mieux les réservent aux moments où le bruit compte vraiment dans l'histoire.
À la main ou à l'écran
Les onomatopées se dessinent volontiers à la main, même chez les auteurs qui lettrent leurs bulles à l'ordinateur. Le geste donne aux lettres une énergie que les polices peinent à imiter : un trait qui accélère, une lettre qui penche plus que sa voisine, une éclaboussure d'encre qui fait partie du bruit.
À l'écran, on peut les dessiner au stylet sur un calque séparé, ce qui permet de les déplacer, de les agrandir ou de les recolorer sans toucher au dessin. C'est pratique pour essayer plusieurs placements, et indispensable si le livre doit être traduit : un calque d'onomatopées se remplace plus facilement qu'un dessin retouché.
Il existe aussi des polices d'onomatopées, conçues pour la bande dessinée. Elles dépannent pour un petit bruit discret, mais une page entière de bruits en police se repère tout de suite : toutes les lettres ont la même forme, quelle que soit la nature du son.
Un exercice pour s'entraîner
Prenez une scène simple, quelqu'un qui prépare un café le matin, et dessinez-la en six cases. Puis faites la liste de tous les bruits : le réveil, les pas sur le parquet, l'eau qui coule, la cafetière, la tasse posée sur la table. Choisissez-en deux ou trois seulement, les plus utiles au récit, et dessinez-les en jouant sur la taille et la forme. Comparez avec une version où tous les bruits sont écrits : la différence de lisibilité saute aux yeux.
Onomatopées, interjections et bulles : la différence
On confond souvent l'onomatopée avec l'interjection. « Aïe », « ouf », « hein » sont des interjections : ce sont des paroles, prononcées par un personnage. Elles vont donc dans une bulle, avec une pointe vers celui qui les dit.
L'onomatopée, elle, n'est prononcée par personne. C'est le bruit du monde : une porte, une vague, un moteur. C'est pourquoi elle se dessine dans l'image, sans bulle.
La frontière est parfois floue. Un personnage qui ronfle produit un bruit, que certains auteurs écrivent dans une bulle et d'autres flottant au-dessus de sa tête. Le choix importe peu, tant qu'il reste le même d'un bout à l'autre du livre.
Pour prolonger la lecture
Les onomatopées font partie du lexique de base de la bande dessinée, avec la bulle, la case et la gouttière : notre article sur le vocabulaire de la BD les réunit tous. Pour le lettrage des textes dans les bulles, voyez les bulles en BD.
Vrai, ou idée reçue ?
Onomatopées : vrai ou idée reçue ?
En BD, l'onomatopée se place dans une bulle reliée au personnage.
Tout est expliqué dans la partie Onomatopées, interjections et bulles : la différence
Elle se dessine directement dans l'image, sans bulle : personne ne la prononce.Beaucoup d'onomatopées de la BD française viennent des comics américains.
Tout est expliqué dans la partie Une langue venue en partie d'Amérique
Bang, crash, splash ou zip ont traversé l'Atlantique avec les comics.La taille d'une onomatopée dit la puissance du bruit.
Tout est expliqué dans la partie Dessiner le bruit
Une explosion occupe la moitié de la case, un petit clic quelques millimètres.« Aïe » est une onomatopée qui se dessine dans le décor.
Tout est expliqué dans la partie Onomatopées, interjections et bulles : la différence
« Aïe » est une interjection, une parole : elle va dans une bulle.Une onomatopée peut déborder du cadre de la case.
Tout est expliqué dans la partie Placer l'onomatopée dans la case
C'est l'un des rares éléments qui s'autorisent à casser les bords de la case.
Case suivante : Les bulles, pour les paroles
Les questions en bulles
Pourquoi tant d'onomatopées de BD sont-elles en anglais ?
Parce que la bande dessinée française a beaucoup emprunté aux comics américains, où ces mots courts et percutants abondaient. Certains, comme bang ou splash, sont entrés dans l'usage. Beaucoup d'auteurs français écrivent pourtant leurs propres bruits, plus proches de la langue : vlan, paf, plouf, toc.
Faut-il traduire les onomatopées ?
Cela dépend de l'édition. Quand l'onomatopée est dessinée dans l'image, la traduire oblige à retoucher le dessin, ce qui coûte cher. Les éditions de manga en français ont longtemps laissé les sons japonais avec une petite traduction à côté ; d'autres les redessinent entièrement.
Une onomatopée peut-elle être silencieuse ?
Oui, d'une certaine façon. Certains auteurs écrivent des mots qui décrivent un silence ou un état plutôt qu'un bruit, comme le manga le fait avec des sons pour un regard ou une tension. Le procédé fonctionne tant qu'il reste lisible pour le lecteur.
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