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Fabriquer une BD

La bulle de BD, ou phylactère : formes, placement et lettrage

La bulle est l'invention la plus reconnaissable de la bande dessinée : un espace blanc relié à un personnage par une pointe, qui contient ses paroles. Son nom savant est phylactère. Sa forme dit comment on parle, et sa place décide de l'ordre de lecture.

Publié le 6 min de lecture

Bulles de bande dessinée vides de formes variées dessinées à l'encre sur une feuille, ovale, nuage et éclat

La bulle de BD, qu'on appelle aussi phylactère, est l'espace où s'inscrivent les paroles ou les pensées d'un personnage, relié à lui par une pointe. Sa forme indique la manière de parler, du murmure au cri, et sa position règle l'ordre dans lequel on lit les répliques. Bien placée, elle passe inaperçue ; mal placée, elle gêne toute la case.

Cet article fait partie du rayon Fabriquer une BD. Le lettrage est la dernière des étapes de fabrication d'une BD, mais la place des bulles se décide bien avant.

D'où vient le mot phylactère

Le mot phylactère vient du grec et désignait une amulette protectrice. Au Moyen Âge, on a appelé ainsi les banderoles portant des inscriptions, que tiennent des saints ou des prophètes dans les vitraux, les fresques et les manuscrits enluminés. Ces banderoles faisaient déjà parler les images.

Quand la bande dessinée moderne généralise la bulle, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe, le mot savant lui est attribué par analogie. Dans les ateliers et les librairies, on dit simplement bulle ; phylactère reste le terme des dictionnaires et des cours de lettres.

Toutes les bandes dessinées n'ont pas utilisé la bulle. En France, des séries du début du XXe siècle plaçaient le texte sous les images, en légende. La bulle s'impose ensuite dans la bande dessinée franco-belge, au point de devenir son signe le plus reconnaissable.

L'anatomie d'une bulle

Une bulle se compose de deux parties. Le corps, d'abord : la forme qui contient le texte, ovale, arrondie ou rectangulaire aux coins adoucis. L'appendice, ensuite : la pointe, ou queue, qui part de la bulle et se dirige vers la bouche du personnage qui parle.

L'appendice est essentiel. C'est lui qui dit qui parle. Il doit pointer clairement vers la tête du personnage, sans la toucher forcément, et sans croiser d'autres éléments importants. Quand le personnage est hors du cadre, la pointe sort de la case dans la direction d'où vient la voix.

Les formes et ce qu'elles disent

La forme de la bulle donne une information que le texte seul ne donne pas. Les conventions varient d'un auteur à l'autre, mais certaines sont largement partagées.

Le contour lisse, ovale ou arrondi, correspond à la parole normale. C'est la bulle par défaut.

Le contour en nuage, avec une pointe faite de petits ronds, signale une pensée : le personnage ne parle pas à voix haute.

Le contour en éclat, hérissé de pointes, indique un cri, une colère, une douleur, ou un son qui sort d'un appareil.

Le contour en pointillés traduit le chuchotement, la confidence, parfois la voix très faible d'un personnage malade.

Le contour tremblé ou ondulé peut exprimer la peur, le froid, la voix qui chevrote.

Une bulle à la pointe en zigzag, comme un éclair, signale souvent une voix qui sort d'un téléphone, d'une radio ou d'un haut-parleur.

Les auteurs inventent aussi leurs propres codes : bulle glacée pour une réplique froide, bulle couverte de gribouillis pour une insulte. Le lecteur les comprend vite, à condition qu'ils restent constants dans le livre.

L'ordre de lecture

Dans la bande dessinée européenne, on lit les bulles comme le texte : de gauche à droite, puis de haut en bas. La première réplique se place donc en haut à gauche de la case, la réponse à droite ou en dessous.

Quand deux personnages se répondent dans la même case, l'idéal est que celui qui parle en premier soit à gauche. Sinon, il faut croiser les pointes, ce qui alourdit la lecture. C'est pourquoi on décide de la position des personnages en pensant déjà aux bulles, dès le storyboard.

Une longue réplique peut être découpée en deux bulles reliées par un petit pont. Cela aère le texte et marque une respiration dans la phrase.

Placer une bulle sans abîmer le dessin

Une bulle cache toujours une partie de l'image. Le tout est qu'elle cache ce qui compte le moins : un bout de ciel, un mur, un sol. Pour cela, on réserve sa place avant de dessiner le décor, au crayonné ou même au storyboard.

Les erreurs à éviter sont connues. Une bulle qui coupe un visage ou une main en train d'agir. Une bulle qui touche le bord de la case de façon maladroite, au lieu de s'y appuyer franchement ou de s'en écarter. Une case où les bulles occupent plus de la moitié de la surface, parce que le dialogue n'a pas été raccourci.

Si une case contient trop de texte, la solution n'est presque jamais de rétrécir la police. C'est de couper la réplique, ou de répartir le dialogue sur deux cases.

Le lettrage

Le lettrage est l'écriture du texte dans les bulles. Longtemps fait à la main, il se fait aujourd'hui souvent à l'ordinateur, avec des polices dessinées pour la bande dessinée.

Le lettrage à la main demande une écriture régulière, généralement en capitales, avec des lignes guides tracées au crayon pour garder la même hauteur de lettres. Il donne un charme que les polices imitent difficilement.

Le lettrage numérique facilite les corrections et les traductions. Il faut alors choisir une police lisible, pensée pour la BD, et l'utiliser de façon constante : même taille, même interligne, le gras réservé aux mots vraiment accentués.

Dans les deux cas, le texte doit être centré dans la bulle avec une marge intérieure confortable, et la forme de la bulle doit épouser le bloc de texte, pas l'inverse.

Bulles et traduction

Une bande dessinée qui voyage doit changer de langue, et ses bulles avec. C'est l'une des raisons pour lesquelles le lettrage numérique s'est imposé chez les éditeurs : on remplace le texte sans toucher au dessin.

Mais la traduction pose des problèmes de place. Une réplique allemande ou française est souvent plus longue que son équivalent anglais ; une phrase japonaise, écrite à la verticale dans des bulles hautes et étroites, se loge mal dans une langue qui s'écrit à l'horizontale. Les lettreurs doivent alors resserrer l'interligne, déborder un peu du contour, ou demander au traducteur une formulation plus courte.

Pour l'auteur qui espère être traduit un jour, la leçon est simple : laisser un peu d'air autour du texte. Une bulle remplie à ras bord dans la langue d'origine deviendra illisible dans une autre. Les éditeurs apprécient aussi les fichiers où le texte est sur un calque séparé du dessin, ce que permettent la plupart des logiciels de dessin.

Les bruits, hors des bulles

Les bruits, eux, ne sont presque jamais dans des bulles. Les « boum », « crac » et « toc toc » sont dessinés directement dans l'image, comme des éléments graphiques. Ils ont leurs propres règles, détaillées dans notre article sur les onomatopées en BD.

Pour prolonger la lecture

La bulle fait partie d'un vocabulaire plus large : case, gouttière, récitatif, cartouche. Tous ces mots sont réunis dans notre article sur le vocabulaire de la BD. Pour la construction de la page entière, voyez la planche de BD.

Petit quiz de case en case

Savez-vous lire une bulle ?

  1. Comment s'appelle la pointe qui relie la bulle au personnage ?

    • L'appendice
    • Le cartouche
    • La gouttière

    Tout est expliqué dans la partie L'anatomie d'une bulle

  2. Une bulle en forme de nuage signale en général…

    • un cri
    • une pensée
    • une voix au téléphone

    Tout est expliqué dans la partie Les formes et ce qu'elles disent

  3. Dans quel ordre lit-on les bulles d'une case en BD européenne ?

    • De droite à gauche
    • De gauche à droite, puis de haut en bas
    • Du bas vers le haut

    Tout est expliqué dans la partie L'ordre de lecture

  4. Une case contient trop de texte. Que faire en priorité ?

    • Réduire la taille de la police
    • Couper la réplique ou la répartir sur deux cases
    • Agrandir la bulle par-dessus le visage

    Tout est expliqué dans la partie Placer une bulle sans abîmer le dessin

Case suivante : Les plans en BD, et la place qu'ils laissent aux bulles

Les questions en bulles

Pourquoi appelle-t-on la bulle un phylactère ?

Le mot vient du grec et désignait une amulette, puis, au Moyen Âge, les banderoles portant des inscriptions que tiennent certains personnages dans les peintures et les manuscrits. Par analogie, on a appelé phylactère l'espace où s'inscrivent les paroles en bande dessinée. Dans l'usage courant, on dit plus souvent bulle.

Quelle différence entre une bulle et un récitatif ?

La bulle contient ce que dit ou pense un personnage présent dans la scène, et elle est reliée à lui par une pointe. Le récitatif est un texte placé dans un cartouche, souvent rectangulaire, sans pointe : il porte la voix d'un narrateur, une indication de temps ou de lieu.

Combien de mots peut-on mettre dans une bulle ?

Il n'existe pas de règle, mais une bulle trop chargée écrase le dessin et ralentit la lecture. Beaucoup d'auteurs se donnent une limite de quelques lignes par bulle et découpent les longues répliques en plusieurs bulles reliées entre elles.

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