En BD, le plan désigne la portion de la scène que montre une case : du plan d'ensemble, qui fait voir tout un lieu, au très gros plan, qui isole un œil ou une main. On y ajoute l'angle de vue, qui dit d'où l'on regarde, d'en haut, d'en bas ou à hauteur d'homme. Le vocabulaire vient du cinéma ; les effets sur le lecteur sont très proches.
Cet article fait partie du rayon Fabriquer une BD. Les plans se choisissent au moment du storyboard, quand on prépare chaque page en petit.
Les plans, du plus large au plus serré
On classe en général les plans selon la distance entre le « regard » du lecteur et les personnages. Les noms varient un peu selon les écoles, mais la gamme est toujours la même.
Le plan d'ensemble et le plan général
Le plan d'ensemble montre tout le décor : une ville, une plage, une salle de classe vue de loin. Les personnages y sont petits, parfois à peine visibles. On l'utilise pour situer une scène, ouvrir une séquence ou montrer l'isolement d'un personnage dans un espace immense. Certains distinguent le plan général, encore plus large, où le décor occupe toute la place.
Le plan de demi-ensemble
Le décor reste important, mais les personnages se distinguent nettement. C'est un plan de transition, utile pour montrer un groupe dans un lieu ou un déplacement.
Le plan moyen
Le personnage est montré en entier, de la tête aux pieds. On voit ce qu'il fait, sa posture, ses gestes. C'est le plan de l'action, très fréquent en bande dessinée d'aventure.
Le plan américain
Il cadre le personnage à mi-cuisse. On voit encore les mains et une partie du corps, mais le visage devient plus présent. C'est un plan efficace pour les dialogues à deux.
Le plan rapproché
Le personnage est coupé à la taille ou à la poitrine. Les expressions comptent davantage que les gestes. Beaucoup de scènes de conversation se jouent en plans rapprochés.
Le gros plan et le très gros plan
Le gros plan montre le visage, qui remplit presque la case. Il sert l'émotion : une colère, une larme, un doute. Le très gros plan isole un détail, un œil, une bouche, une main qui tremble, un objet. Il attire l'attention sur ce que le lecteur ne doit pas manquer.
Les angles de vue
L'angle de vue indique la position du regard par rapport au sujet. Il se combine avec n'importe quel plan.
À hauteur d'œil, le regard est au niveau du personnage. C'est la vue neutre, celle de la vie quotidienne, la plus fréquente.
En plongée, on regarde d'en haut. Le personnage paraît plus petit, parfois plus vulnérable ou écrasé par la situation. Une plongée très forte, presque à la verticale, donne une vue de dessus qui fonctionne bien pour montrer un plan de pièce ou une foule.
En contre-plongée, on regarde d'en bas. Le personnage grandit, domine, impressionne. C'est l'angle des héros et des menaces.
Les cadrages penchés, où l'horizon n'est plus horizontal, créent un malaise ou une tension. Utilisés trop souvent, ils fatiguent.
Ce que les plans font au rythme
Une case n'est jamais lue seule. Elle est lue après la précédente et avant la suivante, et c'est le contraste entre elles qui produit l'effet.
Commencer une scène par un plan d'ensemble, puis se rapprocher progressivement, est un enchaînement classique : le lecteur sait où il est, puis il entre dans la scène. L'inverse, partir d'un détail en très gros plan et reculer, crée une énigme : on montre d'abord une main sur une poignée de porte, puis on découvre qui entre et où.
Une succession rapide de plans différents donne de l'énergie à une scène d'action. Une suite de plans identiques, au contraire, peut créer un effet de temps suspendu : le même visage, le même cadrage, case après case, et seule une petite variation d'expression. C'est un effet puissant, à condition de le réserver aux moments qui le méritent.
Les pièges classiques
Le piège le plus fréquent chez les débutants est l'enchaînement de gros plans. On dessine des visages qui parlent, case après case, sans jamais montrer où ils sont. Au bout d'une page, le lecteur ne sait plus si la scène se passe dans une cuisine ou dans un train. Un plan d'ensemble de temps en temps suffit à remettre les choses en place.
Le piège inverse existe aussi : des plans moyens partout, des personnages toujours en pied, à la même distance. La page devient monotone et l'émotion ne passe pas, faute de visages vus de près.
Dernier piège : les angles spectaculaires sans raison. Une contre-plongée vertigineuse sur une scène de petit-déjeuner attire l'attention sur la mise en scène au lieu de servir l'histoire.
Le hors-champ, ce que la case ne montre pas
Choisir un plan, c'est aussi choisir ce qu'on laisse dehors. Tout ce qui se trouve hors du cadre existe pourtant pour le lecteur : une voix qui vient de la gauche, une ombre qui entre dans la case, un regard tourné vers quelque chose qu'on ne voit pas.
Le hors-champ est l'un des outils les plus efficaces de la bande dessinée. Une bulle dont la pointe sort du cadre signale qu'un personnage parle sans être montré. Un groupe qui lève la tête vers le ciel fait imaginer ce qui arrive avant même qu'on le dessine. La case suivante peut révéler la chose, ou au contraire la garder cachée plus longtemps.
Les récits à suspense l'utilisent beaucoup, mais il sert aussi l'humour : montrer la réaction d'un personnage à une catastrophe qu'on ne voit pas est souvent plus drôle que la catastrophe elle-même.
Plans et bulles
Le plan a une conséquence pratique souvent oubliée : la place des bulles. Un gros plan laisse peu d'espace autour du visage, et une bulle longue risque de le couvrir. Un plan d'ensemble offre de la place dans le ciel ou les murs, mais rend plus difficile d'indiquer qui parle quand les personnages sont petits.
C'est pourquoi on décide des plans et des bulles en même temps, au storyboard. Notre article sur les bulles en BD explique comment les placer sans gêner le dessin.
S'entraîner à voir en plans
Le meilleur exercice consiste à relire des bandes dessinées que vous aimez en nommant le plan de chaque case. On découvre vite les habitudes d'un auteur : certains travaillent presque tout en plan moyen, d'autres jouent beaucoup des gros plans, d'autres encore réservent les grands plans d'ensemble aux ouvertures de chapitre.
Autre exercice utile : reprendre une page de scénario et la découper trois fois, avec des choix de plans différents. On mesure alors à quel point le même texte peut produire des lectures différentes.
Les cours de dessin et les manuels de bande dessinée proposent souvent des fiches récapitulatives des plans. Une version imprimée près de la table de travail aide les premiers mois, le temps que ces choix deviennent des réflexes.
Pour prolonger la lecture
Les plans s'inscrivent dans la construction de la page entière : nombre de cases, gouttières, sens de lecture. Notre article sur la planche de BD en donne les règles. Et pour dessiner des personnages crédibles à toutes les distances, la perspective devient vite indispensable.
Relier les deux colonnes
À chaque plan son usage
Reliez chaque plan à ce qu'il permet de montrer, d'après l'article.
Tout est expliqué dans la partie Les plans, du plus large au plus serré
Plan d'ensemble : Situer une scène dans tout son décor
Plan moyen : Montrer le personnage en entier et ses gestes
Plan américain : Cadrer à mi-cuisse, efficace pour les dialogues à deux
Gros plan : Faire sentir une émotion sur le visage
Très gros plan : Isoler un détail que le lecteur ne doit pas manquer
Case suivante : Choisir ses plans au moment du storyboard
Les questions en bulles
Quelle différence entre plan et angle de vue ?
Le plan dit à quelle distance on montre la scène : de très loin, à mi-distance ou de très près. L'angle dit d'où on la regarde : d'en haut, d'en bas ou à hauteur des yeux. Les deux se combinent : un gros plan peut être vu en plongée, un plan d'ensemble en contre-plongée.
Pourquoi parle-t-on de plan américain ?
Le plan américain cadre le personnage à mi-cuisse. L'explication souvent avancée vient du western : ce cadrage permettait de montrer le revolver à la ceinture. L'origine exacte du nom est discutée, mais l'usage est fixé en France.
Les plans de BD sont-ils les mêmes qu'au cinéma ?
Le vocabulaire est emprunté au cinéma, et les effets sont proches. La différence, c'est que la bande dessinée montre plusieurs plans à la fois sur la page : le lecteur voit la composition d'ensemble, et le contraste entre deux cases voisines compte autant que chaque cadrage.
Demander un résumé à un assistant
Le lien ouvre l'assistant avec la demande déjà écrite ; seule l'adresse de la page lui est transmise.


