Le storyboard de BD est la version miniature de chaque page, dessinée vite avant le vrai dessin : on y place les cases, on choisit les cadrages, on réserve la place des bulles. Il sert à régler le rythme et la lisibilité tant que tout peut encore changer en un coup de gomme.
On parle aussi de découpage, et l'étape se place entre le scénario et la mise en page dans les étapes de fabrication d'une BD. L'article fait partie du rayon Fabriquer une BD.
À quoi sert le storyboard
Le scénario dit ce qui se passe. Le storyboard dit comment le lecteur va le voir. Entre les deux, il y a une série de choix que le texte ne règle pas.
Combien de cases pour cette scène ? Le moment où le personnage ouvre la lettre mérite-t-il une grande case, ou trois petites pour faire durer l'attente ? Voit-on le visage de celui qui parle, ou celui de celui qui écoute ? Où tombe la fin de la page ? Chacun de ces choix change la lecture, et chacun coûte des heures s'il faut le revoir après l'encrage.
Le storyboard est le lieu où l'on fait ces choix à bas prix. Une page miniature se dessine en quelques minutes ; si elle ne fonctionne pas, on en dessine une autre.
Petit, rapide, laid : les trois règles
Le storyboard n'est pas fait pour être beau. Plus il est soigné, plus on hésite à le jeter, et c'est exactement le contraire de ce qu'on cherche.
Petit, d'abord. Des pages de quelques centimètres de haut, plusieurs sur une feuille. À cette taille, impossible de dessiner un œil ou un pli de vêtement : on voit seulement la composition, les masses, la direction du regard.
Rapide, ensuite. Les personnages sont des silhouettes, parfois des ronds et des bâtons. Les décors se résument à une ligne d'horizon, un mur, une porte. Les bulles sont des ovales avec deux ou trois mots clés.
Laid, enfin. Ou du moins indifférent à l'apparence. Le storyboard est un outil de réflexion, pas une œuvre. Personne d'autre que vous, ou votre scénariste, ne le verra.
Ce que l'on décide page par page
Pour chaque page, le storyboard répond à quelques questions précises.
Le nombre et la taille des cases. Une action rapide se découpe en petites cases successives ; un moment de calme ou un décor important prend de la place. L'alternance des deux crée le rythme.
Le cadrage de chaque case. Plan large pour situer la scène, plan moyen pour l'action, gros plan pour l'émotion. Notre article sur les plans en BD détaille ces cadrages et leurs effets.
La place des bulles. Elle se décide avant le dessin, parce qu'une bulle cache toujours une partie de l'image. Dans le storyboard, on vérifie que l'ordre des répliques suit le sens de lecture, de gauche à droite et de haut en bas. Le détail est dans notre article sur les bulles.
La continuité. D'une case à l'autre, les personnages doivent rester du même côté de l'image quand ils se parlent, sinon le lecteur croit qu'ils ont changé de place. Les gens du cinéma appellent cela la règle des 180 degrés ; elle vaut aussi en bande dessinée.
Voir le livre en entier
Au-delà de la page, le storyboard permet de voir le livre d'un coup d'œil. En étalant toutes les pages miniatures sur une table, ou en les affichant côte à côte sur un mur, on repère des choses invisibles autrement.
Une suite de pages trop semblables, toutes en gaufrier régulier de six cases, qui finissent par lasser. Un passage trop long au milieu du récit. Une scène importante qui tombe sur une page de droite et se voit avant d'être lue. Une fin qui arrive en milieu de page et laisse un vide.
Les doubles pages méritent une attention particulière : le lecteur les voit ensemble. Une grande image qui doit couvrir les deux pages se prépare dès le storyboard, pour qu'elle tombe bien sur une page de gauche et la page de droite suivante.
Sur papier ou à l'écran
Le storyboard se fait très bien au crayon sur une feuille de brouillon, et c'est souvent la méthode la plus rapide. Certains auteurs impriment des gabarits de pages miniatures, des rectangles aux proportions de la planche, six ou huit par feuille, et les remplissent au fil du scénario. D'autres utilisent des carnets à petits carreaux, qui aident à tracer des cases droites sans règle.
À l'écran, les logiciels de dessin permettent de créer un document avec de nombreuses petites pages, de déplacer une case, de dupliquer une page pour essayer une variante. Le gain est réel quand on retravaille beaucoup. Le risque aussi : à l'écran, on zoome, on soigne, on perd la vitesse qui fait l'intérêt de l'exercice.
Une solution simple consiste à mélanger : premier jet sur papier, au café ou dans le train, puis report à l'écran une fois les pages arrêtées. Le format compte moins que la discipline. Un storyboard doit pouvoir être jeté sans regret, et refait en dix minutes.
Dernier conseil pratique : numérotez chaque page miniature et notez à côté la séquence du scénario qu'elle couvre. Quand vous reviendrez au projet après une pause, vous saurez immédiatement où vous en étiez.
Du storyboard au crayonné
Une fois le storyboard validé, on l'agrandit à la taille de la planche. Certains le photocopient ou le scannent et l'agrandissent, puis le décalquent sur une table lumineuse. D'autres le reprennent à main levée, en s'en servant comme d'un guide. À l'écran, il suffit d'agrandir le calque du storyboard et de crayonner par-dessus.
Le passage au grand format révèle parfois des problèmes : une case trop petite pour la foule qu'on voulait y mettre, une bulle trop longue pour l'espace prévu. On corrige, sans hésiter à revenir au storyboard si une page entière ne tient plus.
C'est ensuite le travail du crayonné, puis de l'encrage, dont le matériel est présenté dans notre article sur l'encre de Chine.
Les erreurs qu'il révèle
Le storyboard est un détecteur d'erreurs. Celles qu'il attrape le plus souvent sont aussi les plus fréquentes chez les débutants.
La case bavarde : trois personnages, quatre bulles, un décor chargé. Le lecteur ne sait plus où regarder. Mieux vaut séparer en deux cases.
La case inutile : elle montre la même chose que la précédente, sous le même angle. Elle ralentit sans rien apporter.
L'ambiguïté de lecture : deux cases superposées dans une bande, et le lecteur ne sait pas laquelle lire en premier.
Le gros plan permanent : par peur des décors, on enchaîne les visages. Le lecteur perd la notion de l'espace, et la scène devient abstraite. Un plan large de temps en temps remet tout en place.
Pourquoi le storyboard est si important
L'importance du storyboard tient à un constat simple : le scénario écrit ne dit pas tout. Entre le script et la planche, il faut visualiser chaque scène, choisir la mise en scène, structurer l'histoire en pages. Le storyboard est l'outil de cette étape. Il sert de langage commun entre scénariste et dessinateur quand ils sont deux, et de garde-fou quand on est seul.
La création du storyboard suit des étapes stables : relire le scénario, compter les pages disponibles, répartir les scènes, puis dessiner les pages miniatures. Pour un projet de bande dessinée, c'est aussi le bon moment pour penser à la mise en couleur, en notant les ambiances de chaque séquence : nuit, souvenir, lumière d'orage.
Pour prolonger la lecture
Le storyboard vient après le scénario : si le vôtre n'est pas encore écrit, notre article sur le scénario de BD explique comment passer du résumé au découpage page par page. Et pour la construction de la page elle-même, marges, gouttières, format, voyez la planche de BD.
Petit quiz de case en case
Le storyboard en quatre questions
Où se place le storyboard dans la fabrication d'une BD ?
- Après l'encrage
- Entre le scénario et la mise en page
- Avant même l'idée
Tout est expliqué dans la partie À quoi sert le storyboard
Il transforme le scénario en pages miniatures, avant la mise en page et le dessin.Pourquoi dessiner le storyboard en tout petit ?
- Pour économiser le papier
- Pour se concentrer sur la composition plutôt que sur les détails
- Parce que c'est la taille d'impression
Tout est expliqué dans la partie Petit, rapide, laid : les trois règles
À quelques centimètres de haut, impossible de dessiner un œil : on voit les masses et la composition.Deux personnages qui dialoguent changent de côté d'une case à l'autre. Que croit le lecteur ?
- Qu'ils ont changé de place
- Rien, il ne le remarque pas
- Que la scène est finie
Tout est expliqué dans la partie Ce que l'on décide page par page
C'est la règle des 180 degrés : les personnages doivent rester du même côté quand ils se parlent.Que faire d'une case qui montre la même chose que la précédente, sous le même angle ?
- La garder pour le rythme
- La supprimer ou la changer
- L'agrandir
Tout est expliqué dans la partie Les erreurs qu'il révèle
La case inutile ralentit sans rien apporter.
Case suivante : Construire la planche de BD
Les questions en bulles
Storyboard, découpage, chemin de fer : est-ce la même chose ?
Presque. Le découpage désigne l'opération qui répartit le scénario en pages et en cases. Le storyboard est le document dessiné qui en résulte. Le chemin de fer, lui, montre souvent toutes les pages du livre en miniature sur une seule feuille, pour voir l'équilibre de l'ensemble. Les auteurs emploient parfois ces mots les uns pour les autres.
À quelle taille dessiner un storyboard ?
Petit. Beaucoup d'auteurs dessinent leurs pages miniatures de quelques centimètres de haut, plusieurs par feuille. La petite taille empêche de s'attarder sur les détails et oblige à se concentrer sur la composition.
Peut-on sauter le storyboard ?
Certains auteurs expérimentés découpent directement sur la planche, au crayonné. Pour un débutant, c'est risqué : les erreurs de rythme ou de lisibilité se découvrent alors tard, quand corriger demande de redessiner des cases entières.
Demander un résumé à un assistant
Le lien ouvre l'assistant avec la demande déjà écrite ; seule l'adresse de la page lui est transmise.


