Un carnet de croquis est un cahier de papier à dessin, souvent petit, qu'on garde sur soi pour dessiner souvent et vite : des passants, des objets, des idées d'histoire, des essais de personnages. On l'appelle aussi sketchbook. Pour quiconque veut faire de la bande dessinée, c'est l'outil de base, avant même la planche.
Cet article fait partie du rayon Dessin et outils de Case Piment.
À quoi sert un carnet de croquis
Le carnet a plusieurs usages, qui se mélangent dans les mêmes pages.
Il sert d'abord à observer. Dessiner ce qu'on voit, une tasse, une main, une rue, un voisin de train, entraîne l'œil et la main ensemble. C'est le fondement du dessin d'observation, que tous les cours de dessin pratiquent.
Il sert ensuite à chercher. Une idée de personnage, une scène qui revient en tête, une composition de case : le carnet accueille les premiers jets, ceux qu'on ne montrerait à personne.
Il sert enfin de réserve. Un décor croqué en vacances, une posture surprise dans la rue, un objet ancien vu chez quelqu'un : tout cela deviendra un jour de la documentation pour une page de bande dessinée. Les auteurs de récits de terrain, comme ceux de la BD reportage, en font un outil de travail central.
Choisir son carnet
Il n'existe pas de carnet idéal, mais un carnet adapté à ce qu'on veut y faire. Trois critères comptent.
Le format
Un petit format, de la taille d'une main ou d'un livre de poche, se glisse dans une poche ou un sac et sort partout. C'est celui qu'on utilise le plus. Un format plus grand, A4 ou au-delà, convient au dessin à la table, aux études longues, aux pages de recherche. Beaucoup de dessinateurs ont les deux.
Le format paysage, plus large que haut, se prête bien aux scènes, aux paysages et aux doubles pages panoramiques. Le format portrait, aux personnages et aux pages de bande dessinée.
Le papier
Le papier doit convenir à l'outil. Un papier léger et lisse va très bien pour le crayon, le stylo et les feutres fins. Pour l'encre au pinceau ou les feutres qui traversent, il faut un papier plus épais. Pour l'aquarelle, un papier conçu pour elle, qui ne gondole pas sous l'eau.
La teinte compte aussi. Un papier blanc éclatant, un papier ivoire plus doux, ou un papier teinté, gris ou beige, qui permet de dessiner les lumières au crayon blanc. Chacun change l'ambiance du dessin.
La reliure
Une reliure cousue ou collée donne un carnet qui ressemble à un livre et se garde bien. Une reliure spirale permet d'ouvrir à plat et de retourner les pages, pratique pour dessiner debout. Certains carnets cousus s'ouvrent aussi parfaitement à plat, ce qui permet de dessiner sur toute la double page.
Avec quoi dessiner
Le crayon graphite reste l'outil le plus souple : il se gomme, il permet des gris, il ne traverse pas le papier. Un crayon moyen, HB ou 2B, suffit pour tout. Son défaut, c'est qu'il bave un peu quand les pages frottent l'une contre l'autre au fond du sac.
Le stylo à bille ou le feutre fin obligent à poser un trait sans retour. C'est déroutant au début, puis libérateur : on cesse de chercher la ligne parfaite et l'on dessine plus vite. Beaucoup de dessinateurs de carnet ne jurent que par eux.
Le feutre pinceau et le pinceau à réservoir d'eau, qu'on remplit d'encre ou d'eau, permettent des pleins et des déliés et quelques lavis rapides, sans emporter de flacon. Ils demandent un papier plus épais.
Le mieux est de ne pas multiplier les outils. Un seul, bien connu, vaut mieux qu'une trousse complète qui reste fermée. On en change le jour où l'on a l'impression d'en avoir fait le tour.
Que dessiner dedans
La page blanche intimide moins quand on a quelques habitudes de sujets.
Les objets de la maison, d'abord : ils ne bougent pas, on peut prendre son temps, et ils apprennent les volumes et la perspective. Une tasse, une chaise, une paire de chaussures.
Les gens, ensuite, mais vite. Dans un café, un transport, une salle d'attente, les gens bougent : on apprend à saisir une posture en quelques secondes. Les premiers essais sont frustrants, et c'est normal.
Les mains et les visages, en séries. Une page entière de mains dans toutes les positions vaut une leçon d'anatomie. Les expressions du visage se travaillent de la même façon, devant un miroir.
Les idées de récit, enfin : un personnage en dix versions, une case essayée de trois façons, un décor imaginé. Le carnet devient alors le laboratoire de la bande dessinée.
S'y tenir
Le plus difficile n'est pas de remplir une page, c'est d'en remplir une tous les jours. Quelques habitudes aident beaucoup.
Garder le carnet toujours sur soi, avec un seul outil, un stylo ou un crayon. Si le matériel demande une préparation, on ne dessine pas.
Viser court. Cinq minutes par jour suffisent. La régularité fait plus progresser que des séances longues et rares.
Ne rien arracher. Un carnet avec des pages ratées est un vrai carnet ; on y voit les progrès. Arracher les mauvaises pages pousse à ne plus oser dessiner.
Dater les pages. Relire son carnet trois mois plus tard, en voyant les dates, est l'un des meilleurs encouragements qui soient.
Certains se lancent dans des défis collectifs, comme Inktober, qui donnent un thème par jour pendant un mois. C'est une bonne façon de prendre l'habitude.
Du carnet à la bande dessinée
Le carnet nourrit directement la bande dessinée. Les personnages naissent souvent de croquis faits sans intention : une silhouette dans la rue, un nez remarqué dans le métro, transformés au fil des pages jusqu'à devenir quelqu'un. Notre article sur la création d'un personnage de BD part de ce type de recherches.
Le carnet sert aussi à préparer les pages : petits storyboards griffonnés entre deux croquis, essais de cadrages, listes de dialogues. Certains auteurs font même leurs premiers récits directement dans le carnet, page après page, avant de passer à la planche.
Enfin, certains carnets deviennent des livres. Les carnets de voyage dessinés sont un genre à part entière, et plusieurs auteurs publient des fac-similés de leurs carnets personnels.
Les idées reçues qui bloquent
Il faudrait savoir dessiner pour tenir un carnet. C'est l'inverse : on tient un carnet pour apprendre à dessiner.
Un beau carnet serait réservé aux beaux dessins. Un carnet trop précieux paralyse. Mieux vaut un carnet ordinaire qu'on ose salir.
Il faudrait finir chaque dessin. Les meilleurs croquis sont souvent inachevés : ils ont saisi l'essentiel et se sont arrêtés là.
Il faudrait montrer son carnet. Rien n'y oblige : c'est un espace privé, et beaucoup de dessinateurs ne le montrent jamais. Le partager peut motiver, mais ce n'est pas une condition pour progresser.
Papiers crème, papiers noirs, carnets reliés
Les fabricants proposent aujourd'hui une grande variété de carnets, et le prix varie beaucoup de l'un à l'autre. Les artistes qui pratiquent les techniques humides, aquarelle, lavis, encre diluée, choisissent des feuilles épaisses qui ne gondolent pas. Ceux qui dessinent au crayon blanc ou au pastel aiment le papier noir, qui inverse le travail : on dessine la lumière au lieu de l'ombre. Le papier crème, plus doux pour l'œil que le blanc pur, convient bien aux croquis sur papier au stylo ou au crayon.
Un carnet de dessin relié, cousu, se garde comme un livre ; un sketch book à spirale s'ouvre à plat et se retourne. L'orientation compte aussi : un carnet en orientation portrait pour les personnages, à l'italienne pour les paysages. Le carnet idéal pour le dessin n'existe pas, mais celui qu'on emporte vraiment, si.
Pour prolonger la lecture
Une fois le carnet devenu une habitude, l'étape suivante est souvent l'encre. Notre article sur l'encre de Chine explique comment passer du crayon au trait définitif. Et pour une méthode complète d'apprentissage, voyez apprendre à dessiner.
Petit quiz de case en case
Le carnet de croquis en quatre questions
Quel format de carnet sert le plus au quotidien ?
- Un grand format A3
- Un petit format qu'on emporte partout
- Un carnet à spirale de cent pages
Tout est expliqué dans la partie Le format
Le petit format sort partout : c'est celui qu'on utilise le plus.Pour l'aquarelle, quel papier faut-il ?
- Un papier léger et lisse
- Un papier conçu pour l'aquarelle, qui ne gondole pas
- N'importe lequel
Tout est expliqué dans la partie Le papier
L'aquarelle demande un papier conçu pour elle.Qu'est-ce qui fait le plus progresser ?
- Une longue séance par mois
- Quelques minutes de croquis chaque jour
- Recopier des dessins parfaits
Tout est expliqué dans la partie S'y tenir
La régularité compte plus que la durée.Que faire d'une page ratée ?
- L'arracher
- La garder : on y voit les progrès
- La recouvrir de gouache
Tout est expliqué dans la partie S'y tenir
Arracher les mauvaises pages pousse à ne plus oser dessiner.
Case suivante : Passer du crayon à l'encre de Chine
Les questions en bulles
Quelle différence entre carnet de croquis et sketchbook ?
Aucune sur le fond : sketchbook est simplement le mot anglais, très utilisé chez les dessinateurs. Les fabricants emploient les deux. Certains réservent sketchbook aux carnets de grand format ou de papier épais, mais l'usage n'est pas fixé.
Quel grammage de papier pour un carnet de croquis ?
Pour le crayon et les feutres fins, un papier léger suffit. Pour l'encre et les feutres à alcool, un papier plus épais évite que l'encre traverse. Pour l'aquarelle, il faut un papier conçu pour elle, nettement plus épais. Le grammage est indiqué sur la couverture ou l'étiquette du carnet.
Faut-il dessiner au crayon ou directement à l'encre dans un carnet ?
Les deux se pratiquent. Le crayon permet de corriger. Dessiner directement au stylo oblige à accepter les erreurs et fait souvent progresser plus vite, parce qu'on apprend à poser un trait sans repentir. Beaucoup alternent selon les jours.
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