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Dessin et outils

Dessiner les expressions du visage : sourcils, yeux, bouche et toute la tête

Un personnage de BD vit par son visage. Joie, colère, peur, gêne : chaque émotion se joue sur quelques éléments, les sourcils, les yeux, la bouche, l'inclinaison de la tête. Bien maîtrisés, ils suffisent à faire passer presque tout, même avec un dessin très simple.

Publié le 6 min de lecture

Page de carnet couverte de petits visages simplifiés dessinés à l'encre, chacun avec une expression différente

Pour dessiner les expressions du visage, on travaille surtout trois zones : les sourcils, les yeux et la bouche. Leur forme, leur position et leur ouverture suffisent à faire lire une émotion, même sur un visage très simplifié. Le reste de la tête, et du corps, vient renforcer le message.

Cet article fait partie du rayon Dessin et outils. Il complète notre méthode pour créer un personnage de BD, dont la fiche de modèle comporte toujours une série d'expressions.

Trois zones qui font presque tout

Quand on regarde un visage, l'œil va droit aux yeux et à la bouche. Mais c'est souvent une troisième zone, plus discrète, qui décide de l'émotion : les sourcils.

Les sourcils sont les éléments les plus mobiles et les plus lisibles du visage dessiné. Levés, ils disent la surprise. Froncés et rapprochés vers le bas au centre, la colère. Relevés au centre et tombants sur les côtés, la tristesse ou l'inquiétude. Un seul sourcil levé, le doute ou l'ironie. On peut faire une page entière d'expressions en ne changeant que les sourcils.

Les yeux donnent l'intensité. Grands ouverts, ils disent la peur ou la stupeur. Mi-clos, la fatigue, l'ennui, la méfiance ou le plaisir. Plissés, le rire ou la concentration. La direction du regard compte aussi : un personnage qui détourne les yeux n'éprouve pas la même chose que celui qui fixe.

La bouche, enfin, précise. Un sourire, une moue, une bouche ouverte sur un cri, des lèvres serrées. C'est la zone que l'on dessine le plus spontanément, et souvent trop : une bouche très expressive avec des sourcils neutres donne un visage qui sonne faux.

Les émotions de base

Les psychologues discutent depuis longtemps de la liste exacte des émotions de base. Pour le dessinateur, une gamme de six ou sept expressions franches est un bon point de départ.

La joie : sourcils détendus, yeux plissés par le sourire, coins de la bouche relevés. Le vrai sourire fait remonter les joues et plisse les yeux ; un sourire qui ne touche pas les yeux paraît forcé.

La tristesse : sourcils relevés au centre, paupières tombantes, coins de la bouche vers le bas, tête souvent baissée.

La colère : sourcils froncés, rapprochés et abaissés au centre, regard fixe, mâchoire serrée ou bouche ouverte sur des dents visibles.

La peur : sourcils levés et rapprochés, yeux très ouverts, bouche entrouverte tirée vers les côtés, corps en recul.

La surprise : sourcils hauts et arrondis, yeux grands ouverts, bouche ouverte en rond. Elle ressemble à la peur, mais sans la tension.

Le dégoût : nez plissé, lèvre supérieure relevée, tête qui recule.

À ces six, on ajoute volontiers l'ennui, la gêne, la tendresse, la méfiance, la concentration. Ce sont souvent elles qui font la finesse d'un personnage.

Exagérer, juste ce qu'il faut

Une case de bande dessinée est petite, et le lecteur la regarde quelques secondes. Une expression trop subtile risque de passer inaperçue. C'est pourquoi les dessinateurs exagèrent légèrement : des sourcils un peu plus inclinés, une bouche un peu plus ouverte que dans la réalité.

Le degré d'exagération dépend du style. Un dessin humoristique peut pousser très loin, avec des yeux qui sortent de la tête et des mâchoires qui tombent jusqu'au sol. Un récit réaliste reste plus sobre, mais garde une lisibilité supérieure à celle d'une photographie.

Le test est simple : réduire le dessin à la taille d'une petite case, ou regarder la planche de loin. Si l'émotion se lit encore, l'exagération est bien dosée.

Toute la tête, puis tout le corps

Une expression ne s'arrête pas au visage. L'inclinaison de la tête change le sens : une tête penchée sur le côté adoucit, une tête rentrée dans les épaules protège, un menton relevé défie.

Le corps prolonge l'émotion. Des épaules affaissées pour la tristesse, des poings serrés pour la colère, des bras croisés pour la méfiance, une main devant la bouche pour la surprise ou la gêne. Un personnage vu de dos peut exprimer beaucoup par sa seule posture.

Les meilleures cases jouent parfois sur le décalage entre visage et corps : un sourire de façade et des mains qui tremblent, un visage calme et un pied qui tapote nerveusement. Le lecteur sent la tension sans qu'aucun dialogue ne l'explique.

Les signes graphiques de la BD

La bande dessinée dispose aussi de signes conventionnels qui renforcent l'expression, sans équivalent dans la réalité. Des gouttes de sueur qui jaillissent autour de la tête pour la gêne ou l'effort. Des traits courts autour du visage pour la surprise. Un nuage noir au-dessus de la tête pour la mauvaise humeur. Des petites étoiles pour l'étourdissement.

Ces signes, très présents dans la bande dessinée humoristique et le manga, sont compris de presque tous les lecteurs. Ils ont l'avantage de rester lisibles même quand le visage est petit. Ils ont l'inconvénient de tirer le dessin vers la caricature, ce qui ne convient pas à tous les récits.

Garder le même personnage d'une expression à l'autre

Une difficulté guette tous ceux qui travaillent les expressions : à force de déformer le visage, le personnage change de tête. Un grand cri lui allonge la mâchoire, un large sourire lui arrondit les joues, et l'on ne le reconnaît plus d'une case à l'autre.

La parade consiste à garder fixes les éléments qui ne bougent pas dans la réalité : la forme du crâne, la coiffure, le nez, l'écart entre les yeux, les oreilles. Seuls changent ce qui est mobile, les sourcils, les paupières, la bouche, la mâchoire et les joues. C'est l'intérêt de la fiche de modèle, qui montre le même visage avec dix expressions différentes : on vérifie que le personnage reste lui-même.

Le style joue aussi. Un dessin très simplifié supporte des déformations énormes sans perdre le personnage, parce que ses signes distinctifs sont peu nombreux et très marqués. Un dessin réaliste demande plus de retenue, et souvent quelques photographies de référence.

S'entraîner

Le meilleur modèle est votre propre visage, toujours disponible et jamais lassé de poser. Un miroir sur la table, ou la caméra du téléphone, et l'on fait les grimaces qu'on veut dessiner. On observe ce qui bouge, puis on dessine vite, sans chercher la ressemblance.

Un exercice classique consiste à dessiner une grille de neuf petits visages identiques, simplifiés, puis à donner à chacun une expression différente en ne changeant que les sourcils, les yeux et la bouche. On mesure vite ce que chaque zone apporte.

Autre exercice : reprendre un visage de personnage et le dessiner avec deux émotions mêlées. Content mais inquiet, en colère mais amusé. C'est plus difficile, et c'est là que le personnage devient vraiment vivant. Ce travail trouve naturellement sa place dans un carnet de croquis, qu'on emporte partout.

Pour prolonger la lecture

Les expressions prennent leur force dans le cadrage : un gros plan sur un visage dit l'émotion, un plan large la place dans une situation. Notre article sur les plans en BD explique ces choix. Et pour les dialogues qui accompagnent ces visages, voyez les bulles.

Relier les deux colonnes

Quelle émotion pour ces sourcils et ces yeux ?

Reliez chaque description à l'émotion qu'elle exprime, d'après l'article.

Tout est expliqué dans la partie Les émotions de base

Case suivante : Créer un personnage de BD et sa fiche d'expressions

Les questions en bulles

Quelle est l'expression la plus difficile à dessiner ?

Les expressions mêlées, comme un sourire gêné, une colère contenue ou une tristesse qui essaie de sourire, sont plus délicates que les émotions franches. Elles demandent de combiner des signes contradictoires, par exemple une bouche qui sourit et des sourcils inquiets.

Faut-il dessiner les rides pour une expression ?

Quelques traits aident, comme les plis entre les sourcils pour la colère ou les pattes d'oie pour un grand sourire. Mais trop de rides vieillissent le personnage. Les dessins simplifiés s'en passent souvent et misent tout sur la forme des sourcils et de la bouche.

Comment s'entraîner sans modèle ?

Avec un miroir ou la caméra de son téléphone : on fait la grimace, on observe, on dessine vite. Les photographies de spectateurs de matchs, de concerts ou de manifestations sont aussi une mine d'expressions franches.

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