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Fabriquer une BD

Créer un personnage de BD : silhouette, signes distinctifs et fiche de modèle

Un personnage de BD doit se reconnaître au premier coup d'œil, case après case, de face, de dos et de loin. Cela tient à quelques choix simples : une silhouette, deux ou trois signes distinctifs, une façon de bouger. Voici comment les trouver et les fixer.

Publié le 6 min de lecture

Feuille de recherches de personnage au crayon : silhouettes simples vues de face, de profil et de dos, sans personnage connu

Créer un personnage de BD, c'est d'abord décider de son rôle dans l'histoire, puis lui donner une forme qu'on reconnaît au premier regard : une silhouette nette, deux ou trois signes distinctifs, des expressions travaillées. Ce travail se fixe dans une fiche de modèle, qui sert de référence jusqu'à la dernière page.

Cet article fait partie du rayon Fabriquer une BD. Il se lit bien après le scénario, qui dit ce que le personnage doit faire.

Partir du rôle, pas du dessin

La tentation est forte de commencer par dessiner un personnage qui a l'air intéressant. Mais un personnage de bande dessinée existe d'abord par ce qu'il fait dans le récit. Avant de prendre un crayon, quelques questions aident.

Que veut-il ? Une chose précise, dans cette histoire-là : retrouver quelqu'un, garder son travail, survivre à l'hiver. Qu'est-ce qui l'en empêche, à l'extérieur et en lui-même ? Comment réagit-il quand ça tourne mal : il fonce, il fuit, il plaisante, il se tait ? Et qu'est-ce qui le distingue des autres personnages de l'histoire ?

Les réponses orientent le dessin. Un personnage impulsif aura une posture penchée vers l'avant ; un personnage prudent, des épaules rentrées, des bras près du corps. Le caractère se lit dans le corps avant de se lire dans les dialogues.

La silhouette avant les détails

Un personnage de BD apparaît dans des dizaines, voire des centaines de cases, souvent petit, parfois de dos, parfois au milieu d'une foule. Il doit se reconnaître sans qu'on voie son visage. La silhouette fait ce travail.

Le test le plus connu consiste à noircir entièrement le personnage, comme une ombre chinoise. Si on le reconnaît encore, et si on le distingue des autres personnages de l'histoire, la silhouette fonctionne. Si tous les personnages ont la même ombre, il faut jouer sur les formes : grand et mince contre petit et rond, épaules larges contre silhouette en poire, coiffure haute contre tête rasée.

Les contrastes entre personnages comptent autant que chaque personnage pris isolément. Les duos célèbres de la bande dessinée reposent souvent sur une opposition de silhouettes : on les distingue dans n'importe quelle case.

Deux ou trois signes distinctifs

Au-delà de la silhouette, on choisit quelques signes qui reviennent dans chaque case. Une coiffure particulière, un vêtement toujours le même, un accessoire, une couleur dominante, une proportion inhabituelle : un nez, des oreilles, des jambes très longues.

Deux ou trois suffisent. Plus il y en a, plus le personnage devient long à dessiner et plus le risque d'oubli grandit. Un personnage qui porte une écharpe rayée, un pendentif et des lunettes rondes devra avoir ces trois éléments dans chaque case où il apparaît, ou le lecteur se demandera ce qui s'est passé.

Les vêtements méritent une réflexion à part. Dans la vie, on change de tenue chaque jour ; en bande dessinée, un personnage qui change de vêtements à chaque scène devient difficile à suivre. Beaucoup d'auteurs gardent une tenue pour tout un épisode, et ne la changent qu'avec une raison visible dans l'histoire.

Simple ou détaillé : penser à la répétition

Un personnage se dessine des centaines de fois. Chaque détail ajouté se paie à chaque case. C'est une contrainte que les auteurs de séries connaissent bien : un personnage trop compliqué finit par se simplifier tout seul au fil des pages, parce que la main se fatigue.

Mieux vaut donc choisir dès le départ un niveau de détail tenable. Un personnage simplifié, avec des formes claires, peut être très expressif. Un personnage réaliste demande plus de temps, et une bonne maîtrise de l'anatomie et de la perspective.

Un bon exercice consiste à dessiner le personnage dix fois de suite, rapidement, dans des positions différentes. Ce qui disparaît naturellement au bout de la cinquième fois n'était peut-être pas indispensable.

La fiche de modèle

Quand le personnage est trouvé, on le fixe dans une fiche de modèle, qu'on appelle aussi model sheet. Cette planche de référence le montre sous plusieurs angles, de face, de trois quarts, de profil et de dos, avec ses proportions repérées par des lignes horizontales : hauteur des yeux, des épaules, de la taille.

On y ajoute ses vêtements, ses accessoires, ses couleurs s'il y en a, et une série d'expressions. La fiche reste près de la table pendant tout le travail. Quand on dessine le personnage pour la centième fois, un coup d'œil suffit pour vérifier qu'il n'a pas changé de taille ou de coiffure en route.

La fiche de modèle vient du dessin animé, où plusieurs dessinateurs devaient produire le même personnage. En bande dessinée, elle sert surtout à l'auteur lui-même, et au coloriste quand il y en a un.

Les expressions

Un personnage vit par son visage. Avant de lancer les pages, on dessine une gamme d'expressions : joie, colère, peur, surprise, tristesse, ennui, et celles propres au personnage, son sourire en coin ou sa façon de lever les yeux au ciel.

Les expressions se jouent sur peu d'éléments : les sourcils, la forme des yeux, la bouche, l'inclinaison de la tête. Un personnage très simplifié peut exprimer beaucoup avec deux traits pour les sourcils. Notre article sur les expressions du visage en dessin détaille ces mécanismes.

Le nom, la voix, la démarche

Un personnage ne se résume pas à son apparence. Son nom compte : court et facile à retenir pour un héros de série, plus ancré dans une époque ou un milieu pour un récit réaliste. Il apparaîtra dans les bulles des autres personnages, parfois des dizaines de fois, et doit donc se lire sans effort.

Sa voix compte aussi. Dans le scénario, chaque personnage a sa façon de parler : phrases courtes ou longues, vocabulaire soutenu ou familier, expressions qui reviennent. Un lecteur attentif doit pouvoir deviner qui parle même si la bulle était détachée de sa pointe.

Enfin, il y a la démarche, la façon d'occuper l'espace. Certains personnages se tiennent toujours au bord de la case, d'autres en prennent le centre. Certains gesticulent, d'autres restent immobiles. Ces habitudes, notées sur la fiche de modèle, donnent de la cohérence au dessin autant qu'au caractère.

Le personnage dans son monde

Un personnage ne vit pas seul. Une fois sa fiche faite, il faut le dessiner à côté des autres, pour vérifier que les tailles et les styles s'accordent. Un personnage réaliste à côté d'un personnage très caricatural peut fonctionner, mais seulement si c'est voulu.

Il faut aussi le placer dans les décors de l'histoire. Un personnage aux couleurs vives se détache sur un fond terne ; dans un décor aussi coloré que lui, il disparaît. Ces questions se règlent mieux avant le début des pages qu'en cours de route.

La masse des cheveux et les vêtements

Deux éléments font souvent l'identité d'un personnage de bande dessinée : la masse des cheveux et les vêtements. Les cheveux se dessinent d'abord comme une masse, un volume simple posé sur le crâne, avant les mèches. Cette construction en masse rend la coiffure reconnaissable en silhouette, même en petit. Les vêtements, eux, situent le personnage dans son univers : époque, métier, milieu.

La tradition franco-belge a beaucoup joué sur ces signes : une houppe, un manteau, un chapeau suffisent à identifier un héros. Le rôle du personnage dans l'univers de l'histoire décide de ces choix, étape par étape, du croquis à l'illustration finale.

Pour prolonger la lecture

Le personnage le plus difficile à dessiner est parfois soi-même : les auteurs de récits autobiographiques le savent bien, et notre article sur la BD autobiographique en parle. Pour la suite du travail, la vue d'ensemble est dans comment faire une BD.

Quelle voie pour vous ?

Quel niveau de détail pour votre personnage ?

Combien de pages prévoit votre histoire ?
Quel ton visez-vous ?
Où en êtes-vous en anatomie et en perspective ?

Les voies possibles :

Case suivante : Mettre le personnage en scène : le storyboard

Les questions en bulles

Comment rendre un personnage reconnaissable ?

En lui donnant une silhouette distincte et quelques signes constants : une coiffure, un vêtement, un accessoire, une proportion particulière. Le test classique consiste à noircir entièrement le personnage : si on le reconnaît en ombre chinoise parmi les autres, la silhouette fonctionne.

Faut-il un style réaliste pour un personnage de BD ?

Non. Un personnage très simplifié peut être plus expressif et plus facile à redessiner qu'un personnage réaliste. Le choix dépend du ton du récit et du temps dont on dispose : un personnage complexe à dessiner devra l'être des centaines de fois.

Qu'est-ce qu'une model sheet ?

C'est le nom anglais de la fiche de modèle : une planche de référence qui montre le personnage sous plusieurs angles, avec ses proportions, ses vêtements, ses couleurs et ses principales expressions. Elle vient du dessin animé, où plusieurs dessinateurs devaient dessiner le même personnage de la même façon.

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